Pétrochimie mondiale : la demande s’effondre de 700 000 b/j, où en est Sonatrach ?

La demande mondiale de naphta, de GPL et d'éthane a reculé de 700 000 barils par jour depuis la fermeture du détroit d'Ormuz, selon l'Agence internationale de l'énergie. Sonatrach, exportateur des deux produits, ne les vit pas de la même façon.

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Sonatrach, dont le siège est à Hydra, exporte du naphta et du GPL vers l'Europe et l'Asie. (DR)

En avril 2026, les opérateurs pétrochimiques japonais avaient réduit leurs taux d’utilisation au point que la demande nationale de naphta accusait un recul de 25 % en glissement annuel. Une réduction structurelle, faute d’approvisionnement via le détroit d’Ormuz.

Ce mouvement est documenté à l’échelle mondiale dans une note de conjoncture reçue par Maghreb Émergent. Les matières premières pétrochimiques, naphta, GPL et éthane en tête, concentrent à elles seules une révision baissière de «près de la moitié de la contraction totale de la demande» estimée par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour 2026, soit 700 000 barils par jour. C’est le segment le plus touché, avant même le kérosène et le jet fuel.

Corée, Japon, Chine, Inde

Les données régionales que cite la note sont précises. En Corée du Sud, la demande de naphta et de GPL a reculé fortement dès mars, dans le sillage d’une contraction globale de la consommation pétrolière de «plus de 8 %». Au Japon, les opérateurs pétrochimiques ont «fortement réduit leurs taux d’utilisation», avec une chute de la demande de naphta de 25 % en glissement annuel. En Chine, le naphta recule de 100 000 barils par jour, le GPL/éthane de 70 000 barils par jour, «conséquence directe des difficultés d’approvisionnement via le détroit d’Ormuz», selon la même source.

En Inde, le choc est plus marqué sur un segment précis. La demande de GPL/éthane a chuté de 160 000 barils par jour en avril, «soit une baisse de 16 %», entraînant selon la note «des pénuries de bouteilles de GPL et des rationnements partiels pour les utilisateurs industriels et commerciaux». Les subventions ont protégé les prix à la pompe pour les ménages, mais la chaîne industrielle indienne n’a pas bénéficié du même bouclier.

Le deuxième exportateur mondial

L’Algérie est le deuxième exportateur mondial de GPL derrière les États-Unis, avec 6,1 millions de tonnes exportées en 2024, un niveau record. Sonatrach a signé en mars 2026 un contrat régulier d’approvisionnement en GPL avec un client chinois, une première sur ce marché. En mai, le groupe a abaissé ses prix à l’exportation, le propane à 700 dollars la tonne, le butane à 880 dollars, soit une réduction allant jusqu’à 18 % par rapport aux niveaux antérieurs, pour capter les acheteurs indiens et chinois privés de leurs fournisseurs habituels du Golfe.

Les barils algériens partent depuis Arzew et Bethioua sans passer par Ormuz. Là où la demande industrielle décroche chez les clients historiques du Golfe, Sonatrach se positionne en substitut en jouant sur le prix. Les exportations mondiales de GPL par voie maritime atteignaient en moyenne 4,8 millions de barils par jour en mai 2026, soit 600 000 barils de moins qu’en février, avant la fermeture du détroit.

Le naphta, autre histoire

Sur le naphta, la position algérienne est différente et moins favorable. La raffinerie de Skikda produit du naphta à destination des marchés européens et asiatiques depuis ses 355 000 barils par jour de capacité. Or c’est précisément ce produit qui enregistre les reculs les plus sévères chez les acheteurs. En Europe, la note recense une chute de «430 000 barils par jour en avril», avec une prévision de recul de «110 000 barils par jour sur l’ensemble de 2026». Les opérateurs pétrochimiques européens, notamment en Allemagne où la production des industries intensives a reculé de «plus de 15 % depuis 2022», ont réduit leurs taux d’utilisation face à la flambée des coûts. Un complexe qui tourne à 60 % de sa capacité n’achète pas les mêmes volumes qu’à pleine charge.

Les exportations de GPL de Sonatrach avaient atteint 3,31 milliards de dollars en 2024, celles de condensats 1,72 milliard de dollars. Ces deux lignes sont directement exposées à la destruction de demande pétrochimique documentée par la note.

Un complexe entré en production dans une fenêtre difficile

Sonatrach a confié en novembre 2025 à Sinopec la réalisation d’une nouvelle unité de traitement catalytique de naphta lourd dans la raffinerie d’Arzew. Le complexe d’extraction du GPL à Rhoud El-Baguel, dont la réception était programmée pour le premier semestre 2025, devait produire l’équivalent de 1 000 tonnes par jour de GPL et 300 tonnes de condensats. Le complexe MTBE d’Arzew, lui, affichait un taux d’avancement de 86 % début 2026 et devait entrer progressivement en production en juin. Deux projets qui ajoutent des capacités au moment où les acheteurs réduisent leurs commandes sur les segments pétrochimiques.

La contrainte intérieure

La marge de manœuvre à l’export reste plafonnée par une demande intérieure subventionnée qui ne se contracte pas. La consommation algérienne d’hydrocarbures absorbe près de la moitié de la production nationale. Ce plafond structurel, que le contexte de crise ne modifie pas, contraint mécaniquement les volumes disponibles pour les marchés extérieurs. Sonatrach écoule 25,5 millions de tonnes de gaz par an, principalement vers l’Europe, dans un marché où ses clients réduisent aujourd’hui leur consommation industrielle.

La note de conjoncture situe le point bas de la contraction de la demande pétrochimique mondiale au deuxième trimestre 2026. Sonatrach publie ses résultats semestriels en juillet.

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