Le 20 juillet, la Commission européenne a recommandé aux Vingt-sept de suspendre pendant trois ans, de 2027 à 2029, les sanctions prévues par le règlement européen sur les émissions de méthane. Les obligations de mesure, de déclaration et de vérification, elles, continuent de s’appliquer dès le 1er janvier 2027. Seule la sanction financière est mise en pause, pas le règlement lui-même.
Cette décision intervient après des mois de pression menée par quatre pays, à savoir l’Algérie, le Qatar, le Nigeria et les États-Unis, dans une lettre ouverte adressée fin juin à Ursula von der Leyen et Antonio Costa. Une étude commandée par l’Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz évoquait jusqu’à 87 % des importations européennes de brut potentiellement non conformes dès janvier.
Rosario Pistorio n’a pas attendu ce recul de Bruxelles pour formuler la même demande, à titre individuel et depuis un poste bien plus modeste que celui d’un ministre. Le CEO de Sonatrach Raffineria Italiana (SRI), qui dirige la raffinerie sicilienne d’Augusta, réclamait dans l’entretien accordé au magazine italien Muoversi que le texte soit « attentivement évalué pour éviter que ne s’élargisse davantage l’écart de compétitivité par rapport aux opérateurs extra-européens ». Bruxelles lui a en partie donné raison sur les sanctions….pas sur le fond du texte.
Le protocole signé le 17 août entre Sonatrach et Eni sur la décarbonation du secteur pétrolier et gazier, prolongement d’un mémorandum de 2023, ne mentionne à aucun moment de désaccord avec la réglementation européenne. Il parle d’« identifier et promouvoir des opportunités et des initiatives concrètes visant la décarbonation », formule qui laisse le texte intact et déplace le sujet vers la technique, la détection de fuites, le colmatage, le torchage. Deux registres, l’un institutionnel à Alger, l’autre plus frontal en Sicile.
Pistorio inscrit sa critique du règlement sur le méthane dans un propos plus large sur la politique climatique européenne. « L’Europe a correctement identifié l’objectif stratégique de réduction des émissions de carbone, mais a souvent traduit cette vision dans un cadre réglementaire qui n’a pas suffisamment pris en compte les impacts sur la compétitivité industrielle », estime-t-il. Il redoute une délocalisation des investissements vers des zones aux contraintes environnementales plus légères, sans bénéfice climatique réel, un phénomène qu’il dit déjà à l’œuvre dans plusieurs secteurs industriels européens à forte intensité énergétique.
Plutôt qu’un abandon du cadre climatique, il plaide pour une approche techniquement neutre, citant pêle-mêle le nucléaire de nouvelle génération et la valorisation des ressources nationales.
La Commission se réserve le droit de rouvrir le dossier des sanctions dès 2028, et le moratoire ne s’appliquera pas en cas de fraude délibérée dans les déclarations d’émissions.


