“Quatre jours de consommation mondiale” : pourquoi les réserves stratégiques ne combleront pas le déficit d’Hormuz

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Dr. Mamdouh G. Salameh, économiste pétrolier international et expert mondial en énergie. Il a été professeur invité d'économie de l'énergie à l'ESCP Europe Business School de Londres.

Pour Mamdouh Salameh, expert en marchés pétroliers interrogé par Al Jazeera, les 400 millions de barils libérés par l’AIE ne combleront pas le déficit d’Hormuz. L’OPEC+ subit de plein fouet une crise qu’il n’a pas déclenchée.

Le 11 mars, les 32 membres de l’Agence internationale de l’énergie ont voté à l’unanimité la libération de 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques. Record absolu dans l’histoire de l’organisation. Le directeur général Fatih Birol a parlé d’« action collective sans précédent ». Les marchés, eux, ont continué de regarder le Brent osciller entre 90 et 103 dollars.

Mamdouh Salameh, expert en marchés pétroliers basé à Londres, ne s’en étonne pas. Interrogé par Al Jazeera, il tranche : ces 400 millions de barils sont « zéro sur la gauche ».

« Quatre jours de consommation mondiale »

L’arithmétique est brutale. La consommation mondiale tourne autour de 105 millions de barils par jour. Les 400 millions de barils de l’AIE couvrent donc, au mieux, quatre jours. Les États-Unis apportent 172 millions de barils sur 120 jours, soit 1,4 million de barils par jour, l’équivalent de 15 % seulement du volume perdu. Et encore, il faut attendre : treize jours s’écoulent entre l’ordre présidentiel et l’arrivée des barils sur le marché.

Salameh est tout aussi sceptique sur la levée provisoire des sanctions iraniennes. Malgré les restrictions, l’Iran exportait déjà entre 1,5 et 1,7 million de barils par jour avant le conflit, dont 90 % vers la Chine. Pékin achetait déjà, en faisant ouvertement fi des injonctions américaines. La mesure ne change donc rien à l’équation réelle.

L’OPEC+ pris en étau

Le paradoxe est cruel pour le cartel. Début mars, après une pause au premier trimestre, l’OPEC+ avait décidé d’augmenter sa production de 206 000 barils par jour en avril. Mais depuis la fermeture d’Ormuz, les pays du Golfe membres du cartel ont réduit leur production d’au moins 10 millions de barils par jour : les capacités de stockage se remplissent, les pétroliers restent bloqués des deux côtés du détroit.

L’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït et les Émirats exportaient environ 14 millions de barils par jour avant la guerre. Seuls 5 à 6 millions peuvent aujourd’hui transiter par les pipelines qui débouchent sur la mer Rouge et le golfe d’Oman. Le reste est immobilisé. Irak et Koweït ont même dû suspendre certains champs faute de pouvoir écouler leur brut.

Salameh résume la situation en quelques mots : le cartel avait réduit sa production pour soutenir les prix, et se retrouve frappé par une guerre qu’il n’a pas voulue. L’Iran, lui, continue d’exporter vers la Chine. La guerre redistribue les rentes. Pas dans le sens attendu.

Des analystes de JPMorgan avertissent que si le détroit reste contesté jusqu’à l’été, le baril pourrait tester la fourchette des 150 à 200 dollars. Un niveau qui déclencherait, selon eux, une récession mondiale. L’AIE elle-même reconnaît que sa libération de réserves « reste une mesure provisoire » en l’absence d’un règlement rapide du conflit.

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