La crise migratoire qui secoue depuis plusieurs jours l’enclave espagnole de Ceuta s’est transformée en un affrontement diplomatique d’une rare intensité entre l’Espagne et l’Italie, révélant une nouvelle fois les profondes divisions européennes sur la politique migratoire.
Profitant de cette nouvelle flambée de tensions à la frontière maroco-espagnole, le gouvernement italien a relancé ses critiques contre la récente opération de régularisation de centaines de milliers de migrants en situation irrégulière engagée par l’exécutif de Pedro Sánchez. Pour Rome, cette politique est susceptible d’avoir des répercussions sur l’ensemble de l’espace Schengen en facilitant, à terme, la libre circulation de ces personnes au sein de l’Union européenne.
Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, et le vice-président du Conseil, Matteo Salvini, ont ainsi publiquement demandé que l’Espagne soit suspendue de l’espace Schengen, estimant que les choix de Madrid compromettent la sécurité des frontières européennes.
Madrid dénonce une « démagogie » italienne
La réaction du gouvernement espagnol a été immédiate. Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a qualifié les déclarations italiennes de « démagogiques » et a convoqué l’ambassadeur d’Italie à Madrid afin de lui faire part de la protestation officielle de l’Espagne.
Madrid rappelle que la régularisation relève de sa compétence souveraine et concerne des personnes déjà présentes sur le territoire espagnol, avec pour objectif de favoriser leur intégration économique et sociale. Le gouvernement rejette toute tentative d’établir un lien entre cette mesure et les événements survenus à Ceuta, où les autorités espagnoles ont renforcé leur dispositif de sécurité face à l’afflux de migrants.
Bruxelles rappelle le droit européen
Placée dans une position délicate entre deux États membres, la Commission européenne a adopté une ligne de stricte prudence juridique. Bruxelles a rappelé qu’aucune disposition des traités européens ne permet de suspendre ou d’exclure un État membre de l’espace Schengen à la demande d’un autre État. En revanche, le code frontières Schengen autorise chaque pays à rétablir temporairement des contrôles à ses frontières intérieures lorsqu’il estime que l’ordre public ou la sécurité sont menacés.
La Commission a également souligné que les régularisations de ressortissants étrangers relèvent de la compétence des États membres, sous réserve du respect du droit européen. Elle suit l’évolution de la situation à Ceuta en coordination avec les autorités espagnoles et les agences européennes compétentes, notamment Frontex.
Au-delà de cet épisode diplomatique, cette passe d’armes met en lumière l’opposition croissante entre deux visions de la politique migratoire européenne : celle du gouvernement conservateur de Giorgia Meloni, partisan d’un durcissement des contrôles et d’une limitation des régularisations, et celle du gouvernement socialiste de Pedro Sánchez, qui défend une approche davantage axée sur l’intégration des migrants déjà installés en Espagne.


