L’entreprise minière Terramin Australia Limited se trouve à un tournant stratégique de son histoire. Alors qu’elle pilote le développement de l’un des plus grands projets de zinc au monde en Algérie, elle vient de clore un chapitre judiciaire majeur sur ses terres d’origine en Australie-Méridionale. Retour sur cette saga juridique et ses conséquences sur l’envergure internationale du groupe.
Bird-in-Hand : Une victoire partielle mais cruciale
En 2023, le gouvernement d’Australie meridionale avait porté un coup d’arrêt brutal au projet de mine d’or Bird-in-Hand, située à 30 km d’Adélaïde : non seulement le ministre de l’Énergie et des Mines avait refusé la demande d’exploitation minière, mais une décision officielle (Mining Proclamation 2023) avait purement et simplement retiré le gisement de la loi minière, l’excluant de la licence d’exploration de Terramin.
Le 5 mars 2026, la Cour d’appel de la Cour suprême d’Australie-Méridionale a rendu son jugement (référence SASCA 15) et a redistribué les cartes. Le verdict est une victoire en demi-teinte pour Teramin. “La Cour d’appel annule la proclamation retirant le gisement d’or de Bird in Hand des parties applicables de la loi sur l’exploitation minière de 1971 (Mining Act 1971)”, lit-on dans un communiqué de Terramin.
Toutefois, l’entreprise précise que le gisement d’or de Bird in Hand est effectivement restitué à la licence d’exploration 6447 de Terramin, mais que la Cour rejette les autres motifs de l’appel de Terramin. Celle-ci « examinera ses options à la lumière des ordonnances rendues par la Cour », conclut le communiqué.
Aujourd’hui, Terramin n’a aucun droit automatique d’extraire l’or de Bird-in-Hand, mais a récupéré la valeur juridique de son gisement. La Cour d’appel australienne a reconnu au gouvernement le pouvoir discrétionnaire ; Terramin doit se soumettre aux exigences du gouvernement avant de pouvoir exploiter le minerai. Ces exigences concernent l’environnement et le caractère agricole de la zone du gisement minier.
Parmi les options qui s’offre à Teramin, elle pourrait soumettre une nouvelle demande de mine (toujours soumise au bon vouloir de l’État), chercher des partenaires, ou encore opter pour la vente de cet actif.
Les retombées sur le projet de zinc de Tala Hamza en Algérie
Si l’affaire Bird-in-Hand est strictement australienne, son dénouement a des répercussions stratégiques importantes pour le joyau international de Terramin : le projet de zinc et de plomb de Tala Hamza.
Terramin détient 49 % des parts et les droits de gestion de ce projet algérien, en coentreprise avec les sociétés d’État ENOF et ORGM. Avec une production visée de 2,0 millions de tonnes de minerai par an et la signature récente d’un contrat de construction (EPC) de 336 millions de dollars avec Sinosteel MECC, les enjeux sont colossaux.
L’annulation de la proclamation de 2023 lève un risque réglementaire majeur qui pesait sur Terramin. L’arrêt de la Cour renforce la crédibilité de l’entreprise auprès des investisseurs, des banques et de ses partenaires. En démontrant sa capacité à défendre âprement et avec succès ses titres miniers face à un gouvernement rigoureux sur les questions environementales et autres considerations économiques.
Étant donné que l’exploitation de l’or en Australie reste bloquée, Terramin pourrait choisir de céder cet actif. Une telle vente générerait un afflux de liquidités important qui pourrait être directement réinjecté pour soutenir sa part des investissements dans l’infrastructure, l’extraction et le traitement des minerais à Tala Hamza.
Sauver Teramin à l’international
Par contre, Terramin compte beaucoup sur le gisement de Tala Hamza pour se relancer a l’international, face aux difficultésinternes. Le projet de zinc de Tala Hamza possède d’importantes ressources minérales s’élevant à 53,0 millions de tonnes titrant 5,3% de zinc et 1,3% de plomb, ce qui permet de soutenir un projet minier d’une durée de plus de 20 ans.
Une étude de faisabilité définitive a été achevée en 2018. Le projet dispose de tous les permis nécessaires et de toutes les approbations environnementales. Le site bénéficie d’infrastructures existantes importantes, avec des coûts d’électricité et de carburant bas et attractifs, et a le potentiel de se classer parmi les dix plus grandes mines de zinc au monde.
En tant que développeur, BZL bénéficie d’une aide financière importante du gouvernement algérien, comprenant une exonération de l’impôt sur les sociétés pendant 10 ans, une exonération de la TVA et des droits de douane, ainsi que des prêts à long terme à faible taux d’intérêt accordés par les banques publiques.
En 2020, Terramin a réalisé une étude d’optimisation prévoyant une augmentation de l’extraction et du traitement pour atteindre une moyenne de 2,0 millions de tonnes par an de minerai (au lieu de 1,32 Mtpa).
En octobre 2024, le gouvernement algérien a finalisé l’acquisition de 234 hectares de terres couvrant l’empreinte du permis minier, pour un coût d’environ 30 millions de dollars américains. Ces terres sont désormais accessibles pour commencer la construction.
Le périmètre de ce contrat EPC comprend la construction d’une usine de traitement et d’une mine souterraine de 2,0 Mtpa, d’une usine de remblayage, d’installations de stockage des résidus secs, de bassins d’eau et d’une station d’épuration, en plus d’infrastructures routières, électriques, d’ateliers divers, de bureaux, d’un laboratoire et de clôtures de sécurité.
Une fois le projet entré en phase d’exploitation, la contribution de Terramin restera centrale, principalement à travers son rôle de gestionnaire et d’opérateur.
L’étude de faisabilité de 2018 estimait que le projet générerait un rendement financier très solide, avec une valeur actuelle nette après impôts de 303 millions de dollars, soit environ 15 millions de dollars par an, sur la base de prix moyens prudents de 1,25 dollar par livre vendue (2 205 livres/tonne) pour le zinc et de 1,05 dollar par livre vendue pour le plomb.


