Quelques mois après avoir été désavouée par la Cour suprême, l’administration Trump a trouvé un nouveau véhicule juridique pour poursuivre sa politique protectionniste. Le 23 juillet, le représentant américain au commerce (USTR), Jamieson Greer, a annoncé l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane de 10 % à 12,5 % visant les importations en provenance de 60 économies. Officiellement, ces mesures sont justifiées par les insuffisances relevées dans la lutte contre les importations de produits issus du travail forcé. Elles permettent surtout à la Maison Blanche de préserver son arsenal tarifaire après le revers judiciaire subi en début d’année.
Un nouveau véhicule juridique
Le véritable événement n’est pas tant le niveau des nouveaux droits de douane que le changement de base juridique. En février, la Cour suprême des États-Unis a invalidé une grande partie des mesures tarifaires prises par Donald Trump au titre de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), estimant que l’exécutif avait outrepassé ses prérogatives.
Pour maintenir sa politique protectionniste, la Maison Blanche s’est tournée vers la Section 301 du Trade Act de 1974, qui autorise l’USTR à adopter des mesures de rétorsion à l’issue d’enquêtes administratives. Dans le cas présent, l’administration américaine s’est appuyée sur une enquête consacrée au travail forcé pour conclure que soixante économies n’appliquaient pas de manière satisfaisante les critères retenus par Washington en matière de contrôle des importations.
Pour de nombreux observateurs, cette procédure sert avant tout de véhicule juridique à une politique protectionniste que la justice américaine avait partiellement remise en cause.
Pourquoi l’Algérie est concernée
L’Algérie figure parmi les économies soumises au taux de 12,5 %, le plus élevé des deux niveaux retenus par l’administration américaine. Selon l’USTR, les pays classés dans cette catégorie ne disposent pas d’un dispositif répondant aux exigences américaines en matière de contrôle des importations de marchandises produites grâce au travail forcé.
Cette appréciation relève des critères définis par l’administration américaine. Elle ne constitue pas une évaluation de l’Organisation internationale du travail (OIT), dont l’Algérie a ratifié les principales conventions relatives à l’abolition du travail forcé. Le différend porte essentiellement sur les mécanismes administratifs de contrôle exigés par les autorités américaines.
Une exposition économique à relativiser
À première vue, le taux de 12,5 % peut laisser penser que les exportations algériennes vers les États-Unis seront fortement pénalisées. Les chiffres disponibles invitent toutefois à nuancer ce constat. Selon le U.S. Census Bureau, les États-Unis ont importé 2,461 milliards de dollars de marchandises algériennes en 2024, tandis que leurs exportations vers l’Algérie se sont élevées à 1,014 milliard de dollars, soit un déficit commercial américain de 1,448 milliard de dollars.
C’est toutefois la structure de ces échanges qui est déterminante. Plus de 80 % des exportations algériennes vers les États-Unis sont constituées d’hydrocarbures, soit environ 2 milliards de dollars sur un total proche de 2,5 milliards. Ces produits bénéficient d’exemptions ou de régimes spécifiques dans le nouveau dispositif tarifaire américain.
Les exportations potentiellement concernées par les nouvelles surtaxes représenteraient ainsi près de 500 millions de dollars, selon une estimation fondée sur les données du U.S. Census Bureau et l’analyse publiée par Maghreb Émergent. Elles concernent principalement les engrais, les produits chimiques, le ciment et certains produits sidérurgiques, autant de filières sur lesquelles Alger mise pour accélérer la diversification de ses exportations.
Cette spécialisation place l’Algérie dans une situation différente de celle d’autres économies de la région. Le Maroc, par exemple, exporte vers les États-Unis une part plus importante de produits manufacturés — automobile, composants industriels, textile ou agroalimentaire — davantage intégrés aux chaînes de valeur mondiales et, par conséquent, plus exposés à un durcissement des barrières tarifaires.
Le vrai risque : le marché énergétique mondial
Au-delà de leurs effets douaniers directs, ces mesures confirment que le commerce est devenu un instrument central de la stratégie économique et géopolitique américaine.
Pour l’Algérie, le principal risque ne réside probablement pas dans les barrières tarifaires appliquées directement à ses exportations, mais dans les conséquences systémiques d’une intensification de la guerre commerciale. Une montée des tensions entre les grandes puissances est susceptible de ralentir la croissance mondiale, de peser sur la demande d’énergie et, à terme, d’exercer une pression sur les cours du pétrole et du gaz, dont dépendent encore largement les recettes d’exportation et les équilibres budgétaires du pays.
La nouvelle offensive commerciale de Donald Trump n’est pas une menace immédiate pour les exportations algériennes mais elle rappelle la forte dépendance de l’économie nationale aux évolutions du commerce mondial et des marchés de l’énergie.


