Véhicules électriques : comment la Chine utilise le Maroc pour contourner les taxes européennes

Le Maroc attire des investissements industriels chinois massifs dans l'automobile et les batteries électriques. Bruxelles soupçonne un contournement organisé de ses droits de douane.

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Maquette de la zone industrielle Tanger Tech, sur 500 hectares, où une dizaine d'entreprises chinoises spécialisées dans les composants automobiles et les batteries sont déjà implantées ou en construction.

Selon une enquête du Financial Times publiée cette semaine, quelque 6 milliards de dollars d’investissements chinois ont été annoncés au Maroc depuis la pandémie de Covid-19, d’après les données du cabinet Rhodium Group. La zone industrielle Tanger Tech, sur 500 hectares, accueille déjà une dizaine d’entreprises chinoises spécialisées dans les pièces automobiles, dont le fabricant de pneus Sentury et BTR New Material Group, premier fournisseur mondial d’anodes de batteries. À Kénitra, le fabricant chinois Gotion High-tech, détenu à 25 % par Volkswagen, construit une gigafactory d’un milliard et 300 millions de dollars.

Tarifs européens et règles d’origine

L’Union européenne a imposé jusqu’à 45 % de droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. L’OCDE calcule que Pékin subventionne son industrie à un rythme trois à huit fois supérieur à celui de ses pays membres, souvent via des prêts bonifiés difficiles à tracer et à sanctionner. Le Maroc, lui, bénéficie d’accords de libre-échange avec l’UE et les États-Unis. Pour les industriels chinois, s’y installer permet d’expédier des produits vers l’Europe sans acquitter ces tarifs, à condition de respecter les règles d’origine imposées par l’UE, qui exigent une transformation suffisante des biens sur place.

La Commission européenne a déjà sanctionné ce schéma une première fois. L’an dernier, elle a conclu que des jantes en aluminium expédiées depuis le Maroc bénéficiaient de «subventions déloyales» impliquant à la fois Rabat et Pékin via l’Initiative Ceinture et Route.

«Un problème énorme pour l’économie européenne»

Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce, qualifie l’investissement chinois au Maroc de «symptôme des efforts de la Chine pour gérer sa surcapacité industrielle» par «transbordement» via des pays tiers. «C’est en train de devenir un problème énorme pour l’économie européenne», a-t-il déclaré au Financial Times. Bob Savic, directeur des affaires commerciales internationales au Global Policy Institute de Londres, résume le mécanisme : «Des intrants chinois sont expédiés vers l’Afrique du Nord, subissent une transformation limitée, puis sont exportés vers l’UE dans le cadre d’accords commerciaux préférentiels.»

Du côté marocain, les officiels refusent cette lecture. Yassine Elahyani, responsable des industries émergentes à l’Agence marocaine de développement des investissements, rappelle que son pays respecte les règles d’origine européennes et se présente comme «l’un des meilleurs partenaires» de l’UE sur les questions industrielles. Renault et Stellantis disposent d’usines au Maroc, ce qui complique toute mesure de défense commerciale ciblant les seules entreprises chinoises.

Un test législatif à Bruxelles

Ahmed Aboudouh, chercheur au think-tank Chatham House, note que la Chine «a la capacité de dominer toute la chaîne verticale d’approvisionnement, depuis le traitement du phosphate utilisé dans la fabrication de batteries, dont le Maroc détient d’immenses réserves, jusqu’aux usines de batteries elles-mêmes, en passant par les infrastructures portuaires».

L’Industrial Accelerator Act, que prépare la Commission européenne pour protéger sa base industrielle, sera un premier test réglementaire. Si ce texte est adopté, certains marchés publics seront réservés aux produits fabriqués avec un contenu certifié européen. La Commission devra alors trancher si le Maroc, avec plus de 26 milliards d’euros d’exportations vers le bloc en 2025, relève ou non de cette catégorie.

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