Lundi, l’Algérie a enregistré son troisième pic de consommation électrique record en quelques semaines à peine, la demande ayant franchi la barre des 21 650 mégawatts. Un chiffre présenté par les autorités comme une performance, mais qui révèle surtout l’ampleur de la pression exercée sur un réseau électrique fonctionnant désormais à la limite de ses capacités.
Un record qui se répète… et une inquiétude qui revient
Selon un communiqué du ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables, ce nouveau pic a été enregistré à 14h21, en hausse de 272 MW par rapport au précédent record du 13 juillet (21 378 MW), et de 474 MW par rapport à celui du 12 juillet (21 176 MW). L’Algérie totalise ainsi trois pics historiques consécutifs sur un même été, une cadence inédite jusqu’ici.
La courbe des dernières années ne laisse aucun doute sur la tendance : 16 666 MW en 2022, 18 476 MW en 2023, 19 543 MW en 2024, 20 628 MW en 2025, avant de franchir cette année le seuil des 21 000 MW. Le pic de lundi dépasse ainsi de 4 984 MW celui de 2022, soit une progression d’environ 30% en seulement quatre ans — un rythme de croissance de la demande bien plus rapide que celui des capacités de production et de transport.
L’angle que l’on tait rarement : le réseau peut-il vraiment encaisser ?
Derrière ces chiffres officiels, souvent présentés comme une prouesse technique face à une demande galopante, une question s’impose : que se passerait-il si le scénario du 15 juillet se reproduisait ? Ce soir-là, une panne géante avait plongé plusieurs wilayas de l’est du pays dans le noir, après une avarie technique survenue dans une installation électrique majeure à Sidi Okba, dans la wilaya de Biskra. Le ministre de l’Énergie avait alors expliqué que cette panne résultait d’une vague de chaleur intense combinée à un taux d’humidité élevé, provoquant des oscillations en cascade sur le réseau national. Cet incident était survenu alors que la demande électrique atteignait déjà son plus haut niveau historique, avant que les équipes de Sonelgaz ne parviennent à isoler l’avarie et à rétablir progressivement le courant.
Autrement dit, le record célébré aujourd’hui repose sur le même type de tension qui avait, quelques semaines plus tôt, provoqué une coupure massive. Chaque nouveau pic « maîtrisé » masque en réalité une marge de sécurité qui s’amenuise saison après saison, sur un réseau de transport et de distribution sommé de s’adapter à des sommets devenus la norme plutôt que l’exception.
Climatiseurs, chaleur et dépendance au gaz : la vraie équation
Le ministère attribue ces hausses historiques à l’usage intensif des appareils énergivores, climatiseurs en tête, chez les abonnés domestiques comme dans les établissements publics et privés, notamment entre 13h00 et 16h00. Une explication techniquement juste, mais qui esquive une interrogation plus profonde : le réseau est-il réellement dimensionné pour des vagues de chaleur toujours plus fréquentes et intenses, dans un pays où la production électrique reste presque entièrement dépendante du gaz ?


