Alger et l’Union européenne (UE) affichent une conviction partagée : leur relation recèle un potentiel de coopération encore largement inexploité. C’est dans cette optique que la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, a exprimé le souhait d’approfondir les liens bilatéraux dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée, lors de sa visite en Algérie les 4 et 5 mai.
Le Pacte pour la Méditerranée, nouveau cadre de coopération
Le Pacte pour la Méditerranée constitue une initiative récente de l’UE visant à redynamiser ses relations avec les pays du sud du bassin méditerranéen. Il ambitionne de structurer une coopération plus équilibrée et concrète autour de priorités communes telles que le commerce, l’investissement, l’énergie, la migration, la sécurité ou encore le développement humain. L’objectif est de passer d’un partenariat souvent jugé théorique à des projets tangibles et mutuellement bénéfiques.
Selon un communiqué de presse parvenu ce mercredi à Maghreb Emergent, « les deux parties ont reconnu que le partenariat recèle un potentiel considérable encore inexploité pour générer des bénéfices concrets et équilibrés pour l’UE et l’Algérie ». Le texte souligne également que « dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée, il existe des possibilités d’approfondir la coopération dans des domaines tels que le commerce et l’investissement, les chaînes de valeur, l’énergie, la migration, la sécurité et le développement humain ».
Au cours de son déplacement, la commissaire européenne a multiplié les rencontres de haut niveau. Elle s’est entretenue avec le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, le ministre de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables Mohamed Arkab, le PDG de Sonelgaz Mourad Adjal, ainsi que le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports Saïd Sayoud.
Elle a également échangé avec des représentants de la communauté diplomatique, du secteur privé, de la jeunesse et de la société civile, faisant de cette visite une occasion d’évaluer l’état du partenariat et ses perspectives d’évolution.
Commerce et investissement : vers un climat plus prévisible
Sur le plan économique, les discussions ont insisté sur la nécessité de progresser vers une solution constructive et de garantir un environnement des affaires « clair et prévisible » afin de stimuler les investissements entre les deux partenaires.
Dans le domaine énergétique, la commissaire a salué la fiabilité de l’Algérie en tant que fournisseur de gaz pour l’Europe. Elle a également mis en avant les opportunités offertes par l’initiative transméditerranéenne pour les énergies renouvelables et les technologies propres (T-MED), appelée à jouer un rôle central dans le développement des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert.
La migration et la sécurité ont constitué d’autres axes majeurs des échanges. Dubravka Šuica a salué les efforts de l’Algérie dans la gestion des flux migratoires et la lutte contre les réseaux de trafic. L’Union européenne a, de son côté, exprimé sa volonté de renforcer les efforts conjoints, notamment en matière de retours volontaires et de réintégration.
Sur le plan sécuritaire, les deux parties ont évoqué le renforcement de la coopération policière et judiciaire pour lutter contre la criminalité organisée et le terrorisme.
Les discussions ont également porté sur les défis régionaux, notamment au Sahel et au Moyen-Orient. L’Algérie a été présentée comme un partenaire clé de l’UE au Sahel et les deux parties ont souligné l’importance de poursuivre la coopération sur les efforts diplomatiques, la désescalade, l’accès humanitaire et le soutien à la reprise rapide et à la stabilité.
Une volonté affichée d’approfondir la relation
À l’issue de sa visite, la commissaire européenne a réaffirmé la volonté de Bruxelles de renforcer cette relation stratégique.
« L’Algérie est un partenaire stratégique clé pour l’UE — un fournisseur d’énergie fiable, un pilier de la stabilité régionale et une passerelle pour la coopération avec l’Afrique. Notre partenariat recèle un potentiel considérable encore inexploité, et le Pacte pour la Méditerranée offre le cadre nécessaire pour le concrétiser — dans les domaines du commerce et de l’investissement, de l’énergie, de la migration, de la sécurité et du développement humain. Je suis venue ici avec un message clair : l’UE est prête à approfondir la relation et, dans ce contexte, il est essentiel que nous travaillions ensemble à créer un environnement propice aux investissements», a-t-elle affirmé.
L’Union européenne demeure le premier partenaire commercial de l’Algérie, représentant environ 50 à 60 % de ses échanges extérieurs. Les exportations algériennes vers l’UE restent dominées par les hydrocarbures, tandis que l’Europe exporte principalement des biens industriels et d’équipement.
Cependant, cette relation est régulièrement marquée par des tensions, notamment autour de l’Accord d’association entré en vigueur en 2005. Alger dénonce un déséquilibre commercial défavorable et appelle à sa révision, tandis que Bruxelles insiste sur la nécessité d’un environnement économique plus ouvert et prévisible. Des différends persistent également sur certaines restrictions à l’importation et sur les politiques économiques jugées protectionnistes.
Malgré ces divergences, les deux parties semblent aujourd’hui déterminées à relancer leur partenariat sur des bases plus pragmatiques, avec l’ambition de transformer leur coopération en résultats concrets.


