Après l’Algérie, Retailleau s’en prend à l’Espagne et fait dans la démagogie sans frontières

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Devant le consulat du Pakistan à Barcelone, pour obtenir des documents pour le dossier de régularisation des migrants (dr)

À défaut de solutions, il faut fabriquer des cibles. Après avoir fait de l’Algérie, en tant que ministre de l’Intérieur, un repoussoir commode, Bruno Retailleau, candidat pressenti des Républicains pour 2027, s’attaque désormais à l’Espagne. Le grief ? Une prétendue trahison de « l’esprit européen » à travers la régularisation de travailleurs sans-papiers.


Le mirage du « déversement »


Dernière offensive en date : la promesse de mettre l’Espagne « au ban des nations européennes » et de rétablir les contrôles aux frontières. En ligne de mire, la décision du gouvernement de Pedro Sánchez de régulariser près de 500 000 personnes pour répondre aux besoins vitaux de son économie.


L’argument de Bruno Retailleau repose sur une mécanique anxiogène : une fois régularisés, ces migrants afflueraient massivement vers la France. Or, ce scénario relève d’une fiction juridique. Les titres de séjour délivrés par Madrid sont circonscrits au territoire espagnol ; ils n’ouvrent en aucun cas un droit automatique à l’installation dans le reste de l’espace Schengen.


Mieux encore, l’expérience contredit cette peur : les précédentes régularisations menées en Espagne n’ont jamais entraîné de « déversement » vers d’autres pays. Les migrants concernés choisissent majoritairement de rester là où ils peuvent désormais travailler légalement et bénéficier de la protection sociale qui y est associée. On ne quitte pas la lumière de la légalité pour retourner dans l’ombre de la clandestinité ailleurs. Agiter cette menace relève donc moins de l’analyse que d’un calcul politique : simplifier pour inquiéter.


L’Espagne : le choix du réel contre le déni


Face à cette rhétorique, l’Espagne assume une stratégie diamétralement opposée. Le gouvernement Sánchez ne « crée » pas une migration ; il régularise une réalité déjà ancrée dans le tissu social. Dans un message aux Espagnols, Pedro Sanchez a souligné que “cette régularisation est, avant tout, un acte de normalisation. Celui qui consiste à reconnaître la réalité de près d’un demi-million de personnes qui font déjà partie de notre vie quotidienne “.

Des centaines de milliers de travailleurs participent déjà à l’économie, mais dans l’ombre, sans droits ni cotisations. Les intégrer est un choix de rationalité étatique autant que de justice.


Les faits sont têtus : les précédentes vagues de régularisation en Espagne n’ont jamais provoqué d’« appel d’air » massif, mais ont généré des recettes fiscales substantielles. Dans une tribune au *New York Times*, Pedro Sánchez rappelait une évidence démographique que la surenchère électorale française feint d’ignorer : « L’Occident a besoin de population ». L’immigration est aujourd’hui l’un des moteurs de la croissance espagnole, compensant un déclin démographique qui menace la viabilité des modèles sociaux européens.


La quête du bouc émissaire


Dès lors, la charge de Bruno Retailleau apparaît pour ce qu’elle est : une opération de positionnement politique. Après avoir ciblé Alger pour flatter une partie de l’électorat, il désigne Madrid comme nouveau « contre-modèle », au mépris des mécanismes institutionnels de l’Union européenne.


Cette fuite en avant participe d’un climat où la complexité des politiques publiques est systématiquement écrasée par le slogan. Entre une politique fondée sur des impératifs économiques — celle de Madrid — et une rhétorique construite sur l’exagération des menaces, le contraste est saisissant.


Il révèle une dérive plus profonde : celle d’un discours où la migration n’est plus un enjeu à gérer, mais un levier à exploiter. Quitte à travestir les faits, à tendre les relations avec des partenaires étrangers et à entretenir des peurs sans fondement. De l’Algérie à l’Espagne, la méthode Retailleau demeure inchangée : transformer des partenaires en adversaires et préférer la fabrication de menaces à la gestion des réalités.

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