Crédit bancaire : près de 1 500 milliards de dinars distribués en plus par les banques algériennes en 2025

Les crédits distribués par les banques algériennes ont augmenté de 15,79 % en 2025, soit près de 1 500 milliards de dinars supplémentaires sur un an, selon la nouvelle édition de l'étude ABIX, une hausse près de trois fois supérieure à celle des dépôts collectés auprès de leurs clients.

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Le siège de la Banque d'Algérie, à Alger. L'institution a fixé aux banques un délai courant jusqu'au 30 septembre 2026 pour faciliter l'accès des ménages au crédit. (DR)

Les crédits distribués par les banques algériennes ont augmenté de 15,79 % en 2025, soit près de 1 500 milliards de dinars supplémentaires sur un an, pour atteindre 11 199 milliards de dinars, près de trois fois plus vite que les dépôts de leurs clients, selon la nouvelle édition de l’étude ABIX (Algeria Banking Index), publiée à la mi-septembre 2026 par le cabinet Tadjeddine & Partners.

Cette édition s’appuie sur les comptes arrêtés au 31 décembre 2025 de vingt et une banques, avec un historique remontant à 2021. C’est une première pour le secteur bancaire algérien : aucune étude publique n’avait jusque-là rassemblé, sur le même périmètre, les données financières de tous les établissements, un indicateur de la concentration du marché et un baromètre de la perception des clients.

L’étude chiffre à 11 199 milliards de dinars le total des crédits accordés par le secteur, contre 17 647 milliards de dinars de dépôts collectés, ces derniers n’ayant progressé que de 5,28 % sur un an. Ce décalage entre les deux évolutions ramène le ratio crédits sur dépôts, c’est-à-dire la part des dépôts que les banques reprêtent à l’économie, à 63,46 %. Le produit net bancaire, qui mesure la marge que les banques tirent de leur activité, progresse de 14,94 %, à 764 milliards de dinars, et leur bénéfice net de 15,27 %, à 297 milliards de dinars.

Dans le même temps, les bons du Trésor détenus par les banques, c’est-à-dire la dette de l’État qu’elles achètent, ne croissent que de 2,68 %, un signe que les banques orientent davantage leurs ressources vers le financement de l’économie que vers celui de l’État.

La Banque d’Algérie pousse elle-même les banques dans cette direction depuis plusieurs mois. Dans une note adressée aux banques et établissements financiers le 10 août 2026, l’institution leur demande d’intensifier leurs efforts pour financer l’économie, notamment en élargissant l’accès des ménages au crédit à la consommation. Réagissant à cette note, l’économiste Omar Berkouk pointait une autre contrainte : le poids du financement de l’impasse budgétaire de l’État sur les bilans bancaires, davantage qu’une réticence des banques à prêter aux particuliers. L’étude ABIX permet, pour la première fois, de mesurer l’ampleur réelle de ce mouvement et ses limites.

Un crédit qui profite surtout à quelques grandes banques

La hausse du crédit reste concentrée sur un nombre restreint d’établissements. La BEA capte à elle seule 21,06 % des crédits distribués et gagne plus de quatre points de part de marché sur ce seul indicateur en 2025, devant la BNA (20,01 %) et la BADR (14,31 %). À l’inverse, la BDL, pourtant en forte croissance sur son bilan et ses dépôts, voit ses propres crédits reculer de 0,2 % sur l’exercice, une contradiction qu’ABIX relève sans l’expliquer. Le secteur public conserve dans son ensemble 83,5 % des crédits distribués, contre 16,5 % pour les quatorze banques privées, un déséquilibre qui rejoint les difficultés d’accès au crédit du côté des entreprises algériennes.

La progression du coût du risque, c’est-à-dire l’argent que les banques mettent de côté pour couvrir d’éventuels impayés, accompagne ce mouvement : ces provisions bondissent de 38,51 % sur un an. ABIX ne relie pas directement cette hausse à une dégradation de la qualité des crédits accordés, mais elle traduit la prudence de certains établissements face à l’accélération du crédit.

Pour l’étude, une meilleure répartition du crédit entre les différents segments de l’économie est la condition pour que cette tendance de 2025 se maintienne dans la durée. Elle relève à ce titre que le coefficient d’exploitation du secteur, qui mesure la part des revenus des banques absorbée par leurs frais de fonctionnement, s’améliore de 4,89 points, à 28,30 %, et que leurs fonds propres cumulés progressent de 10,94 %, à 2 566 milliards de dinars.

Ce sont des marges de manœuvre que la Banque d’Algérie invite les banques à mobiliser davantage. Sa note du 10 août fixe aux établissements un délai courant jusqu’au 30 septembre 2026 pour faciliter l’accès au crédit, un chantier dont l’ampleur reste considérable : à fin 2024, seuls 1,09 million de personnes disposaient d’un crédit actif, pour une population estimée à 7,97 millions de ménages. Le cabinet Finabi Conseil plaidait récemment pour faire passer la part des ménages dans le crédit bancaire de 12 % à 30 %, un niveau plus proche de celui observé en Tunisie (24,8 %) et au Maroc (32,7 %).

Avec un ratio crédits sur dépôts remonté à 63,46 % et une croissance du crédit trois fois supérieure à celle des dépôts, la nouvelle édition de l’étude ABIX situe 2025 comme l’année où le secteur bancaire algérien a le plus nettement réorienté ses ressources vers le financement de l’économie.

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