De Saidal au banc des accusés : fin de partie pour Ali Aoun, figure du management public

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Ali Aoun se défend en disant: "« 3ach maksseb, mat ma klhella » (A vécu sans posséder, est mort sans rien laisser).

Le procureur de la République près le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed a requis, mercredi 8 avril, une peine de douze ans de prison ferme à l’encontre de l’ancien ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, Ali Aoun.

Cette lourde réquisition, assortie d’une amende d’un million de dinars et de la confiscation des biens saisis, clôt une instruction portant sur des faits présumés de corruption, de trafic d’influence et de blanchiment d’argent. Selon les éléments de l’enquête relayés par les médias nationaux, le dossier à charge s’appuie sur un rapport des services de sécurité intérieure et de la police judiciaire.

Celui-ci mettrait en lumière les relations qu’auraient entretenues le ministre, son fils Mehdi et l’homme d’affaires oranais Abdennour Abdelmoula, dit « Nounou Manita ».

Une affaire déclenchée autour des déchets ferreux

L’affaire a été enclenchée à l’automne 2024, à la suite d’une plainte déposée par un responsable d’une société publique spécialisée dans la récupération de déchets ferreux. Celui-ci dénonçait alors de graves dépassements lors d’un événement commercial en Mauritanie, organisé par l’Union arabe des mines et de l’acier.

D’après l’enquête, l’homme d’affaires aurait exploité sa proximité supposée avec Ali Aoun pour obtenir des avantages indus et intervenir dans la gestion du secteur industriel. Il lui est notamment reproché d’avoir œuvré à la réinstallation de l’ancien PDG de Fondal, après son limogeage par le groupe Imetal. Toujours selon les mêmes sources, des contrats auraient été signés en Mauritanie par des responsables de filiales d’Imetal en présence de cet homme d’affaires, en échange de commissions occultes présumées.

« 3ach maksseb, mat ma klhella »

Lors de son audition, Ali Aoun a rejeté l’ensemble des accusations de corruption et de blanchiment d’argent. Réagissant aux témoignages affirmant que l’homme d’affaires agissait en son nom, il a dénoncé des mensonges. L’ancien ministre a également contesté les accusations relatives au règlement des dettes de son fils Mehdi par des tiers, affirmant n’avoir jamais interféré en faveur des affaires de ce dernier.

Se présentant comme un cadre austère, il a indiqué ne posséder qu’un seul logement, acquis à crédit en 1998. Il a par ailleurs dénoncé une cabale visant, selon lui, à salir son nom après une carrière consacrée au service de l’État, résumant sa situation par l’adage populaire « 3ach maksseb, mat ma klhella » (A vécu sans posséder, est mort sans rien laisser).

Il a également balayé d’un revers de main les accusations liées à la « mission mauritanienne » de septembre 2024, affirmant que ce déplacement de cadres s’était fait à son insu, sans aucun rapport officiel transmis à son ministère. Il a ainsi pointé du doigt une gestion qu’il qualifie d’autonome et d’opaque de la part des dirigeants du groupe Imetal.

Une trajectoire marquée par des controverses

Figure du management public au parcours contrasté, Ali Aoun, aujourd’hui âgé de 79 ans, avait déjà été impliqué dans le procès Khalifa. Il avait alors été condamné pour avoir bénéficié de véhicules de luxe en contrepartie du dépôt de fonds du groupe Saidal, qu’il dirigeait alors, dans la banque privée d’Abdelmoumen Khalifa. Cette condamnation, bien que purgée, a continué à planer sur le personnage. Après un passage chez Cevital, il est réhabilité politiquement à la suite de sa désignation au gouvernement en 2022.

Au ministère de l’Industrie, il avait imposé un style de gestion direct, multipliant les inspections impromptues et les rappels à l’ordre publics. Sa politique a été marquée par une lutte frontale contre le gel des projets d’investissement, parvenant à débloquer des centaines de dossiers en souffrance pour stimuler la production nationale. Il s’était également érigé en défenseur d’une industrie automobile “réelle”, fustigeant les anciens modèles de montage qui ne servaient selon lui qu’à déguiser des importations massives de kits. Parfois critiqué pour son ton abrupt à l’égard des cadres, il lui est désormais reproché, selon l’accusation, d’avoir laissé se développer un système de commissionnement au sein de certaines filiales stratégiques.

Les autres réquisitions

L’affaire a conduit à l’incarcération de sept des treize prévenus, dont le fils de l’ancien ministre ainsi que d’anciens responsables du complexe sidérurgique d’El Hadjar et de Fondal. L’enquête complémentaire, ordonnée en juillet 2024, aurait apporté des éléments supplémentaires sur des transactions suspectes impliquant des filiales d’Imetal.

Dans ses réquisitions, le procureur a également demandé dix ans de prison ferme contre Mehdi Aoun, six ans contre l’ex-PDG du groupe Madar et ancien président de la FAF, Charaf-Eddine Amara, ainsi que dix ans contre l’ancien PDG du complexe El Hadjar, Karim Boulaioune, et le directeur général de Fondal, Salhi Noureddine. L’affaire est désormais mise en délibéré, dans l’attente d’un verdict qui devra trancher entre les réquisitions du parquet et les arguments de la défense.

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