Le tribunal de Bir Mourad Rais a condamné ce lundi à une peine de sept (7) ans de prison ferme, assortie d’une amende de 500 000 dinars algériens, deux personnes impliquées dans l’affaire du drapeau algérien piétiné lors d’une soirée privée à Legacy hôtel, établissement de luxe à Hydra, quartier huppé de la capitale. Les deux accusés ont été placés sous mandat de dépôt.
Le tribunal a également condamné les deux accusés à verser solidairement au Trésor public une indemnisation de 20 millions de dinars algériens en réparation du préjudice causé, selon le journal Echourouk.
Plutôt au terme du procès, le ministère public avait requis dix ans de prison ferme à l’encontre de ces deux prévenus poursuivis pour « profanation volontaire » de l’emblème national, ordonnant dans la foulée leur placement immédiat sous mandat de dépôt. Ces deux hommes comparaissaient devant le tribunal de Bir Mourad Rais dans le cadre d’une affaire qui a profondément choqué l’opinion publique algérienne.
Dans un réquisitoire particulièrement ferme, le représentant du ministère public a qualifié les faits de « mépris envers le caractère sacré de l’emblème national », soulignant que le drapeau constitue l’expression de la souveraineté nationale et symbolise l’histoire de l’Algérie ainsi que les sacrifices de ses martyrs, d’après la même source. Il a rappelé que son respect est un devoir qui incombe à tous, particuliers comme institutions.
Pour le parquet, leur responsabilité est pleinement engagée : le choix délibéré d’imprimer l’effigie du drapeau national sur un support destiné à être posé au sol, l’exposant inévitablement au passage et au piétinement des convives, constitue une profanation caractérisée qui dépasse largement le cadre d’une simple maladresse.
Une soirée d’influenceurs qui a tourné au fiasco national
Les faits remontent à la soirée du 5 juin dernier, lorsqu’un événement réunissant des influenceurs et créateurs de contenus TikTok a été organisé à l’hôtel The Legacy Luxury, à Hydra. Un immense drapeau national portant l’inscription “Gloire à nos martyrs” y avait été étalé à même le sol, où les participants ont été filmés en train de marcher dessus, déclenchant une vive polémique sur les réseaux sociaux.
Les détails de l’affaire
Dans un point de presse, le procureur du tribunal de Bir Mourad Rais, Abdelfetah Kadri, a précisé que dès la diffusion de la vidéo, des instructions strictes ont été données pour ouvrir immédiatement une enquête, identifier toutes les personnes impliquées et les présenter devant la justice dès l’achèvement des investigations.
Les résultats de l’enquête ont conduit à l’arrestation de deux personnes : Khamer Abderrahmane et Ablila El Mehdi Sami. Selon le procureur, Khamer Abderrahmane, influenceur connu sur TikTok en Algérie, avait organisé une soirée dans un hôtel afin d’y tenir des compétitions entre créateurs de contenu de la plateforme. Lors des préparatifs de l’événement, Ablila El Mehdi Sami a placé le drapeau national au sol dans le hall de l’hôtel. Au début de la soirée, Khamer Abderrahmane s’est dirigé vers l’endroit où se trouvait le drapeau et l’a piétiné. Ces faits ont été enregistrés aussi bien par les caméras des participants que par le système de vidéosurveillance de l’hôtel.
La même source ajoute que toutes les parties concernées ont été entendues par la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Sûreté nationale. Présentés devant le parquet le jour même, Khamer Abderrahmane et Ablila El Mehdi Sami ont été poursuivis pour le délit de profanation volontaire du drapeau national, conformément à l’article 160 bis du Code pénal.
Les deux prévenus ont ensuite été jugés selon la procédure de comparution immédiate. À l’issue du procès, le tribunal les a déclarés coupables des faits qui leur étaient reprochés et les a condamnés à sept ans de prison ferme, avec mandat de dépôt à l’audience.
Pour rappel, la diffusion massive de la vidéo sur les plateformes numériques avait mis le feu aux poudres. Les images ont immédiatement suscité un torrent d’indignation parmi les internautes algériens, profondément attachés aux symboles de la guerre de libération nationale et aux sacrifices des millions de martyrs qu’ils incarnent. La colère en ligne a été telle que la justice s’est saisie de l’affaire de manière expéditive.
L’hôtel fermé définitivement par le ministère du Tourisme
Les répercussions ne se sont pas limitées au seul volet judiciaire. Dès la propagation de la vidéo, le ministère du Tourisme et de l’Artisanat a dépêché une commission d’enquête sur les lieux. Les conclusions de cette inspection ont conduit la ministre Houria Meddahi à une décision radicale : la fermeture définitive de l’hôtel The Legacy Luxury et le retrait immédiat de sa licence d’exploitation. Dans un communiqué officiel, le ministère a réaffirmé son refus de « tolérer tout comportement ou agissement de nature à porter atteinte aux symboles de l’État », insistant sur le respect strict des obligations légales et de l’éthique professionnelle imposées aux établissements hôteliers.
La direction de l’hôtel avait bien tenté de se dédouaner en publiant un communiqué rejetant l’entière responsabilité sur l’agence organisatrice, affirmant que les images avaient été « sorties de leur contexte ». Ces justifications n’ont convaincu ni l’opinion publique ni les autorités.


