Inchangés depuis 2016, les tarifs domestiques du gaz algérien vont-ils bouger en 2027 ?

6 min de lecture
Un technicien inspecte une installation de production gazière, torchères allumées en arrière-plan. ©Sonatrach

Le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a présidé jeudi 17 septembre, au siège du département, une réunion de travail restreinte consacrée à la rationalisation de la consommation de gaz naturel et au renforcement de l’efficacité de son usage. Le communiqué du ministère évoque la nécessité de réduire la consommation « non nécessaire ».

Mi-juin déjà, Mourad Adjal et le ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, avaient tenu une séance sur le modèle national de consommation énergétique. Après un été très compliqué pour la production d’électricité, cette récurrence laisse penser que le gouvernement s’apprête à recourir au signal-prix, faute d’effet des appels à la modération lancés aux industriels et aux citoyens.

Un été qui a mis le réseau sous tension

Les 12 et 13 juillet, la consommation d’électricité a atteint 21 176 puis 21 378 mégawatts sous une chaleur de 49 °C, soit 750 MW de plus que le record de 2025. Le 14 juillet vers 22 heures, la défaillance d’un poste à Sidi Okba, à Biskra, a plongé seize wilayas dans le noir jusqu’à environ 4 heures du matin. Des délestages quotidiens ont suivi dans le Nord. Or le parc de production fonctionne presque exclusivement au gaz, et Sonelgaz évalue la hausse annuelle de la demande estivale entre 3,5 et 7 %.

Des consignes auraient par ailleurs été données aux industries très consommatrices, les cimentiers en tête, pour réduire temporairement leur production. Dans ce contexte, un barème inchangé depuis le 1er janvier 2016, avec un kWh résidentiel compris entre 1,78 et 5,48 DA hors taxes, devient difficile à défendre après dix ans d’inflation.

Des exportations rognées par la demande locale

Au premier semestre 2026, l’Algérie a produit 54,01 milliards de m³ de gaz, contre 51,81 un an plus tôt. La consommation locale a atteint 28,49 milliards de m³ (26,81 en 2025), soit +6,3 % et environ 53 % de la production. Les exportations se sont limitées à 23,97 milliards de m³ (+2,4 %), soit environ 44 % du total, le GNL reculant de 6,5 %. La demande nationale dépassait déjà 45 milliards de m³ en 2023, tandis que les exportations sont passées de plus de 52 à environ 49 milliards de m³ entre 2023 et 2024.

Un rapport du ministère de l’Énergie avertit que la consommation intérieure pourrait dépasser les exportations actuelles à l’horizon 2030. Cela semble être le cas dès cette année. Or l’Espagne et l’Italie multiplient les démarches pour obtenir des volumes supplémentaires, alors que l’Union européenne interdira le GNL russe dès le 1er janvier 2027.

Le coût des subsides sur les marchés extérieurs

L’ancien ministre Abdelmadjid Attar avait indiqué en 2021 que le gaz cédé par Sonatrach à la production d’électricité, à 10,78 DA la thermie, revenait à un prix dix fois inférieur au prix international. Cet écart de 1 à 10 pèse désormais sur les exportations. Washington a frappé le rond à béton d’un droit antidumping préliminaire de 127,32 % (17 décembre 2025), puis d’un droit compensateur de 72,94 % (27 mars 2026).

Le 18 septembre, un droit de 73,33 % est entré en vigueur sur le fil machine d’Algerian Qatar Steel et des autres exportateurs. Ces taux ont été fixés sur la base des « faits disponibles », faute de coopération, mais les subventions énergétiques sont au cœur du différend. Le président Tebboune a lui-même déploré, cet été, le contingentement des exportations algériennes de ciment et de rond à béton vers l’UE. La loi de finances 2025 avait déjà programmé la sortie progressive des subventions au gaz industriel sur 2025-2029.

Les ménages protégés, les tranches hautes visées

Une hausse généralisée paraît peu probable. Le président Tebboune a fait du pouvoir d’achat une « ligne rouge », a porté le SNMG de 20 000 à 24 000 DA en janvier et a maintenu 46 milliards de dollars de transferts et de subventions dans la loi de finances 2026, qui n’a instauré aucune nouvelle taxe. La LF 2025 s’était limitée à un droit fixe de 25 à 200 DA par trimestre sur les factures domestiques.

La lettre de cadrage de la LF 2027 prévoit de poursuivre le soutien aux produits de base et aux ménages vulnérables. Le barème progressif à quatre tranches permet ainsi de préserver les tranches sociales et de ne majorer que les plus élevées, ainsi que les gros consommateurs industriels. Reste l’arbitrage du PLF 2027, qui devra freiner à temps une consommation dont la croissance menace à terme les recettes d’exportation, sans fragiliser la paix sociale d’une rentrée délicate.

ÉTIQUETTES :
Partager cet article