Classée 91e sur 163 pays dans le Global Peace Index 2026, l’Algérie accuse un recul de son niveau de paix et se retrouve distancée par ses voisins marocain et tunisien, dans un monde où les conflits atteignent un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.
Selon le Global Peace Index 2026 publié par l’Institute for Economics & Peace (IEP), l’Algérie occupe la 91e place mondiale avec un score de 2,053. Le rapport fait état d’une dégradation du niveau de paix dans le pays au cours de l’année écoulée, sans que les données disponibles ne permettent de confirmer précisément l’évolution de son rang par rapport à l’édition précédente.
L’Algérie en retrait au Maghreb, mais mieux classée que plusieurs pays africains
Au sein du Maghreb, l’Algérie se positionne derrière ses voisins marocain et tunisien. Le Maroc occupe la 65e place mondiale avec un score de 1,887, tandis que la Tunisie se classe au 77e rang avec un score de 1,947. Cette dernière est même présentée par les auteurs du rapport comme le pays ayant enregistré la plus forte amélioration de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), grâce notamment à une baisse de la criminalité perçue et des actes de violence. L’Algérie devance toutefois la Mauritanie, classée 112e mondiale avec un score de 2,184, ainsi que la Libye, qui figure au 125e rang avec un score de 2,361. À l’échelle de la région MENA, l’Algérie occupe la huitième place.
Sur le continent africain, la situation apparaît plus contrastée. L’Algérie demeure plus pacifique que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne confrontés à des conflits armés ou à une forte instabilité sécuritaire. Elle reste cependant éloignée des meilleurs élèves africains. Le pays le plus paisible du continent est Maurice, classé 18e au niveau mondial. Viennent ensuite la Guinée équatoriale (38e) et le Botswana (50e). À l’autre extrémité du classement figurent le Soudan (162e) et la République démocratique du Congo (161e), parmi les pays les moins sûrs au monde.
Parmi les indicateurs relevés par le rapport, les dépenses militaires algériennes retiennent particulièrement l’attention. Avec des dépenses représentant 8,75 % de son produit intérieur brut, l’Algérie se hisse au quatrième rang mondial pour cet indicateur spécifique, témoignant d’un niveau élevé de militarisation.
Un indice qui mesure la paix sous toutes ses dimensions
Le Global Peace Index est considéré comme l’un des principaux instruments de mesure de la paix dans le monde. Élaboré chaque année par l’Institute for Economics & Peace, il couvre 163 États et territoires indépendants représentant près de 99,7 % de la population mondiale. Le classement repose sur 23 indicateurs qualitatifs et quantitatifs regroupés en trois grandes catégories : la sécurité et la sûreté sociétale, les conflits internes et internationaux en cours, ainsi que le niveau de militarisation. Les auteurs analysent notamment les taux de criminalité, le terrorisme, les manifestations violentes, l’instabilité politique, le nombre de victimes des conflits, les relations avec les pays voisins ou encore les dépenses militaires, le personnel armé et les exportations d’armes. Le score final accorde une pondération de 60 % à la paix intérieure et de 40 % à la paix extérieure, sur le principe qu’une société stable et sûre constitue le fondement d’une politique extérieure pacifique.
Une paix mondiale en déclin face aux conflits et aux nouvelles technologies de guerre
Au-delà du cas algérien, le rapport 2026 dresse un constat préoccupant de l’évolution de la situation internationale. La paix mondiale s’est détériorée pour la douzième année consécutive, enregistrant une baisse de 0,7 % par rapport à l’année précédente. Les experts de l’IEP mettent en avant ce qu’ils qualifient de « Grande Fragmentation », caractérisée par un affaiblissement de l’ordre international traditionnel et l’émergence de nouvelles puissances régionales telles que la Turquie, les Émirats arabes unis ou encore l’Inde.
Le nombre de conflits actifs dans le monde a atteint un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, avec 61 conflits recensés en 2024. Les décès liés aux conflits internes ont quant à eux été multipliés par six depuis 2008. Le rapport souligne également l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur les guerres contemporaines. Les nouvelles technologies permettent désormais de réduire considérablement le délai entre l’identification d’une cible et une frappe militaire, favorisant l’essor des drones armés et du ciblage algorithmique. Une évolution qui soulève de nombreuses interrogations sur le maintien du contrôle humain dans les opérations militaires.
Les conséquences économiques sont tout aussi considérables. Selon l’Institute for Economics & Peace, la violence a coûté près de 21 800 milliards de dollars à l’économie mondiale en 2025, soit l’équivalent de 10,5 % du PIB mondial. Enfin, le document met en garde contre la multiplication des foyers de tension au Moyen-Orient. Outre les conflits en Ukraine et au Soudan, il cite notamment les affrontements impliquant Israël, les États-Unis et l’Iran, qui ont contribué à accentuer l’instabilité régionale et à perturber les échanges maritimes internationaux.
Dans ce contexte marqué par l’accumulation des crises et la fragmentation géopolitique, le recul de l’Algérie dans l’Indice mondial de la paix illustre les défis auxquels sont confrontés de nombreux États soucieux de préserver leur stabilité dans un environnement international de plus en plus incertain.


