L’Algérie lance un appel d’offres international pour la station de dessalement de Chlef

Cinq mois après la signature du contrat global, la filiale de Sonatrach ouvre la deuxième manche du dossier de Cap Colombi. Sur ce lot de sous-traitance, la compétition entre opérateurs espagnols et chinois ne fait que commencer.

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Le panneau d'entrée du chantier de la station de dessalement de Cap Colombi, à El Marsa (Chlef), où ENGTP cherche son partenaire technologique pour 300 000 m³/j. (DR)

Le 10 mai 2026, l’Entreprise nationale des grands travaux pétroliers (ENGTP) a publié au BAOSEM un appel d’offres restreint international pour la sous-traitance technologique de la future station de dessalement de Cap Colombi, à Dahra (commune d’El Marsa, wilaya de Chlef). Conception du procédé, fourniture des équipements, mise en service, et vingt-quatre mois d’assistance à l’exploitation. Le marché global, lui, est attribué depuis fin décembre 2025 sous la supervision de l’Algerian Desalination Company (ADC), filiale de Sonatrach. ENGTP en porte la réalisation. Il lui restait à choisir son partenaire technologique.

Pour rappel, les cinq usines de la première vague, livrées en vingt-cinq mois entre Oran et El Tarf, avaient été confiées en build-operate-own direct à des EPCistes étrangers. Cette fois, ENGTP est maître d’œuvre national. Elle pilote, contractualise, intègre. Le partenaire étranger n’arrive qu’au deuxième rang, comme prestataire de la technologie. Un changement qui prolonge la dynamique de montée en compétence engagée par Sonatrach sur ses propres filiales.

Le pré-carré espagnol bousculé

Le cahier des charges cible le cercle fermé des grands ensembliers mondiaux de l’osmose inverse. Référence minimale de 300 000 m³/j (ou deux usines cumulant la même capacité avec un plancher de 150 000 m³/j chacune), chiffre d’affaires moyen de 300 millions de dollars sur trois ans, caution de soumission d’un million d’euros, aucun litige passé. Trois noms espagnols s’imposent d’emblée. Tedagua, filiale de TecnoAgua, exploite Beni Saf. Aqualia, filiale de FCC, opère à Mostaganem et Cap Djinet. Acciona Agua tient Fouka. Trois sociétés qui quadrillent le littoral algérien depuis une décennie et connaissent le cahier des charges par cœur.

Deux outsiders pourraient se positionner, probablement en consortium. Veolia/Sidem, qui détient l’une des plus larges expertises mondiales sur l’osmose inverse, n’a jamais opéré en Algérie mais traverse une phase d’expansion sur le pourtour méditerranéen. Le sud-coréen Doosan, lui, sort renforcé de ses chantiers dans le Golfe.

Par ailleurs, trois géants chinois, POWERCHINA, SEPCO III et Beijing Enterprises Water, montent en puissance sur les grands projets MENA de dessalement. Leurs récentes enveloppes, de deux à trois milliards de dollars, leur permettraient de répondre sans effort si ENGTP les pré-qualifiait. L’appétit pékinois pour les infrastructures stratégiques en Afrique du Nord n’a rien de conjoncturel. Le rapprochement avec Alger s’est déjà étendu au secteur énergétique. Le mode restreint n’exclut pas les surprises.

Une wilaya à 11 % de remplissage

Chlef souffre d’une pénurie chronique. Les apports du barrage de Sidi M’Hamed Ben Aïouda déclinent depuis dix ans, sapés par la baisse des précipitations et le prélèvement agricole non régulé. En janvier 2026, la région figurait encore parmi les zones les plus tendues du pays, avec un taux de remplissage de 11 % de ses retenues. Les chantiers ont été officiellement lancés le 13 décembre 2025 sur le site de Cap Colombi. Une première livraison partielle de 150 000 m³/j est attendue après vingt-deux mois, soit à l’automne 2027. Pleine capacité au-delà. L’infrastructure desservira Chlef, Aïn Defla et Médéa.

Un coût qui débordera sur la tarification

Le programme reste cher. Les trois stations de Chlef, Mostaganem et Tlemcen mobilisent à elles seules un milliard de dollars, financés sur le budget des hydrocarbures, qui consacre en 2026, 63,2 milliards de dinars au dessalement. La question du modèle économique reste entière. À moins de 60 dinars le m³ pour la première tranche tarifaire, la facture publique de l’ADE alimente déjà un déficit structurel. Le dessalement transforme une partie du gaz exporté en eau du robinet. Une rente qui se consomme sur place.

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