Madrid vend des armes à Alger comme à Rabat, selon The Objective

L’Espagne continue de fournir du matériel militaire au Maroc tout en ayant autorisé une importante opération d’exportation d’équipements militaires vers l’Algérie, rapporte jeudi le média espagnol The Objective, sur la base des dernières données détaillées des douanes espagnoles et des autorisations d’exportation délivrées par le gouvernement.

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Des médias espagnols établissent un lien entre la visite de Pedro Sánchez en Algérie et la dégradation de la situation migratoire à Ceuta vue comme une réaction de Rabat à cette nouvelle étape des relations hispano-algériennes.
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L’Espagne a exporté vers le Maroc, au cours des cinq premiers mois de 2026, plus de quatre tonnes de munitions classées comme destinées à des fins militaires. L’opération la plus importante a été réalisée en février. Madrid a exporté vers le Maroc 4 315 kilos de matériel militaire, pour une valeur de 1,29 million d’euros. Le matériel, expédié depuis la province de Saragosse, relève d’une catégorie comprenant notamment des bombes, des grenades, des torpilles, des mines, des missiles et d’autres munitions et projectiles destinés à des usages militaires.

Au total, les exportations espagnoles relevant du chapitre 93, qui regroupe les armes et munitions, ont atteint 2,55 millions d’euros vers le Maroc entre janvier et mai 2026, selon les calculs de The Objective à partir des données de l’Agence espagnole des impôts.

Ce montant comprend notamment 914 976 euros de cartouches pour fusils de chasse et 285 998 euros d’autres munitions et projectiles, ainsi que 54 744 euros d’autres armes à air, à gaz ou similaires et 4 589 euros de pièces de cartouches et produits associés.

Des exportations militaires vers le Maroc

Sur les douze derniers mois disponibles dans les données douanières détaillées, de juin 2025 à mai 2026, les exportations espagnoles d’armes et de munitions vers le Maroc ont atteint 4,89 millions d’euros, selon The Objective.

Le média relève notamment 1,73 million d’euros de lance-roquettes, lance-grenades, tubes lance-torpilles et systèmes similaires exportés en août 2025, auxquels s’ajoutent 62 992 euros d’armes classées comme militaires et les 1,29 million d’euros de munitions et projectiles destinés à des fins militaires exportés en février 2026.

À ces montants s’ajoutent 3,43 millions d’euros de véhicules blindés de combat et de leurs composants, classés dans une catégorie spécifiquement militaire. Les opérations ont été enregistrées entre octobre 2025 et février 2026, avec un volume plus important en décembre.

Une autorisation de 385 millions d’euros pour l’Algérie

Pour l’Algérie, The Objective rapporte que le gouvernement espagnol a autorisé, le 30 janvier 2025, l’exportation de huit avions militaires C295, pour une valeur de 385,2 millions d’euros. Deux licences d’exportation accordées à l’Algérie au premier semestre 2025 représentaient au total 393,2 millions d’euros, l’essentiel correspondant à cette commande.

Une autorisation d’exportation ne signifie toutefois pas que le matériel a déjà été livré ou que son montant a été comptabilisé comme exportation effective. The Objective souligne cette différence entre les licences accordées par les autorités et les opérations effectivement enregistrées par les douanes.

Les données douanières disponibles pour janvier-mai 2026 font par ailleurs apparaître 2,29 millions d’euros d’exportations d’aéronefs et de composants vers l’Algérie, dont environ 2,26 millions provenant de Séville. Les données ne permettent pas d’établir que ces opérations sont liées au contrat des huit C295.

Airbus dispose à Séville de la ligne d’assemblage final du C295, tandis que son site de Tablada participe au pré-assemblage de grands composants de l’appareil.

Le contexte du rapprochement entre Madrid et Alger

Ces données interviennent alors que Madrid et Alger ont engagé depuis 2025 un processus de reprise de leur coopération après plusieurs années de tensions. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, s’est rendu à Alger le 20 juillet 2026 dans le cadre d’une visite officielle consacrée notamment à la relance des relations politiques et économiques entre les deux pays.

Madrid et Alger ont annoncé à cette occasion la réactivation des mécanismes de coopération et la préparation, pour octobre, de la première Réunion de haut niveau entre les deux pays depuis huit ans.

Le rapprochement intervient après la crise diplomatique ouverte en 2022 à la suite du changement de position du gouvernement espagnol sur le Sahara occidental et de son soutien au plan marocain d’autonomie. Par ailleurs, plusieurs médias espagnols ont récemment établi un lien entre la dégradation de la situation migratoire à Ceuta et la visite de Pedro Sánchez en Algérie, présentant les tensions avec le Maroc comme pouvant constituer une réaction de Rabat à cette nouvelle étape des relations hispano-algériennes.

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