Le « Visa Bond Program », a été mis en place par l’administration du président américain, Donald Trump, en août 2025. Il concernait initialement 38 pays, avant d’être étendu à 12 autres. Les ressortissants de ces nations devaient verser une caution allant jusqu’à 13 000 euros pour un adulte afin d’obtenir un visa touristique américain. Parmi les pays qualifiés pour le Mondial directement frappés par cette mesure : l’Algérie, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Tunisie.
En parallèle, des décrets présidentiels ont durci les conditions d’entrée sur le territoire américain pour plusieurs nations africaines qualifiées. La Proclamation présidentielle 10998, signée le 16 décembre 2025 et entrée en vigueur le 1er janvier 2026, a suspendu la délivrance de visas pour des dizaines de pays, plaçant notamment la Côte d’Ivoire dans un dispositif de verrouillage sécuritaire. Les voyageurs en provenance d’Iran et d’Haïti se sont retrouvés totalement interdits de séjour aux États-Unis, alors même que leurs sélections s’étaient qualifiées pour le tournoi.
Le 13 mai : un assouplissement réel mais limité
Sous pression de la FIFA, Washington a reculé sur un point précis. Le 13 mai, l’administration américaine a annoncé la suppression de la caution bancaire pour les supporters des pays concernés inscrits au programme FIFA Pass et détenteurs de billets officiels. Les ressortissants d’Algérie, de Tunisie, du Cap-Vert, du Sénégal et de Côte d’Ivoire ayant acheté des billets officiels auprès de la FIFA sont désormais dispensés de cette caution.
Mais l’assouplissement a des limites claires. Cette exemption ne supprime pas l’obligation de visa et ne dispense pas les voyageurs des contrôles habituels aux frontières. Et pour les pays sous décret d’interdiction d’entrée, la levée de la caution ne change rien : les supporters de Côte d’Ivoire et du Sénégal restent soumis aux restrictions du décret migratoire toujours en vigueur, et le FIFA Pass ne permet pas de les contourner.
Les refus concrets : le cas marocain
Le Maroc ne figure sur aucune liste de caution. Ses supporters ne sont pas visés par les décrets d’interdiction d’entrée. Et pourtant, les refus au guichet consulaire tombent. Le média marocain, Hespress, rapportait vendredi les chiffres d’une association marocaine de supporters : 40 des 42 membres ayant déposé une demande de visa, venus de Casablanca, Marrakech, Fès et Tétouan, ont été refusés sans explication.
Certains avaient acheté des billets pour jusqu’à trois matchs à environ 500 dollars chacun, soit 1 500 dollars, auxquels s’ajoutaient des frais de visa de 1 800 dirhams, des réservations d’hôtel entre 400 et 1 000 dollars la nuit, et des dépenses totales atteignant 20 000 dirhams par personne.
Le groupe de supporters « Sbouaa » a subi le même traitement : sur une cinquantaine de coordinateurs ayant déposé une demande, seuls six ont obtenu leur visa. La plupart des refus ont été notifiés sous la Section 214, invoquée quand l’officier consulaire n’est pas convaincu que le demandeur rentrera dans son pays après son séjour.
Les fédérations elles-mêmes bloquées
Le problème dépasse les supporters ordinaires. À la mi-mai, la Fédération sénégalaise de football a vu ses demandes groupées se heurter aux refus des services consulaires américains. Au total, huit officiels et membres de l’instance dirigeante ont été privés de visas pour les États-Unis, obligeant la fédération à engager des recours pour permettre à ses dirigeants d’accompagner l’équipe.
Marco Rubio et la formule qui résume tout
Le secrétaire d’État Marco Rubio l’a formulé sans ambiguïté dès le début : « votre billet n’est pas un visa ». Billets achetés, hôtels réservés, vols payés : rien de tout cela n’est une garantie d’entrée sur le territoire américain. Des journalistes africains couvrant le tournoi ont relevé que « nombre de personnes n’ayant aucune intention de rester aux États-Unis n’obtiennent toujours pas de visa ».
Les États-Unis ont clairement manqué à leurs engagements contractuels vis-à-vis de la FIFA sur le volet des visas non discriminatoires. La FIFA disposait des outils juridiques pour les contraindre ou relocaliser des matchs. Elle ne l’a pas fait, choisissant de préserver le tournoi — et ses revenus records — au détriment des principes qu’elle affiche. C’est une violation réelle, mais sans sanction, ce qui soulève une question plus large sur la capacité de la FIFA à faire respecter ses propres règles face à une puissance géopolitique majeure.
Amnesty et le secteur touristique américain tirent la sonnette d’alarme
Amnesty International rappelle que les gouvernements hôtes sont tenus de respecter leurs obligations au regard du droit international relatif aux droits humains, et que la FIFA est clairement tenue de les faire respecter. Mais c’est aussi le secteur économique américain lui-même qui s’inquiète : l’American Hotel and Lodging Association impute aux obstacles liés aux visas et aux tensions géopolitiques le fait de « freiner significativement la demande » à l’approche du tournoi.
Dans l’histoire récente de la Coupe du monde, jamais un pays hôte n’avait imposé autant de restrictions aux supporters souhaitant assister au tournoi. La caution a sauté pour certains, sous pression. Mais les décrets d’interdiction d’entrée restent en vigueur. Les refus consulaires tombent encore. Et le tournoi, lui, commence dans cinq jours.


