Résolution climat à l’ONU : pourquoi l’Algérie a voté blanc avec les pétromonarchies

La résolution A/80/L.65, adoptée le 20 mai 2026 par l'Assemblée générale des Nations unies, transforme les engagements climatiques en obligations juridiques. 141 États ont voté pour. L'Algérie s'est abstenue avec neuf autres pays arabes producteurs d'hydrocarbures.

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Assemblée générale des Nations unies, New York. Le 20 mai 2026, 141 États ont adopté la résolution reconnaissant la responsabilité juridique des États dans le réchauffement climatique. L'Algérie s'est abstenue. (DR)

Le scrutin a duré quelques minutes. Son résultat engage des décennies. La résolution A/80/L.65, portée par le petit État insulaire du Pacifique Vanuatu, a été adoptée par 141 voix pour, 8 contre et 28 abstentions. Le texte est direct sur ce qu’il impose : tout manquement d’un État à ses obligations de protection du climat constitue désormais un «acte internationalement illicite», ouvrant la voie à des réparations pour les nations les plus affectées. Il appelle à une transition «juste, ordonnée et équitable» hors des combustibles fossiles pour atteindre le «zéro net» d’ici 2050, et réaffirme la nécessité de limiter le réchauffement à 1,5 °C. L’Algérie a voté blanc.

Dix pays arabes dans la même colonne

L’abstention algérienne rejoint celle de neuf autres nations arabes : l’Irak, le Koweït, la Libye, Oman, le Qatar, le Soudan, la Syrie, la Tunisie et l’Arabie saoudite. Ce groupe forme un bloc cohérent. Ce sont des économies dont les recettes d’exportation reposent, à des degrés divers, sur les hydrocarbures. Voter pour un texte qui appelle à réguler juridiquement les entreprises du secteur des énergies fossiles, c’est, pour l’Algérie, pointer potentiellement vers Sonatrach elle-même. Les produits fossiles représentent plus de 80 % des exportations algériennes et autour de 50 à 60 % des recettes budgétaires selon les périodes, comme le documente cet état des lieux de la dépendance fossile algérienne à la veille de la COP30.

Dans le camp du refus franc, huit pays ont voté contre, dont les États-Unis, Israël, l’Iran et la Russie. Alger n’est pas allée aussi loin. Elle a choisi la position qui préserve les deux : ne pas soutenir, ne pas s’opposer.

Le Maroc, lui, a voté pour, aux côtés de la France, du Vanuatu et des Émirats arabes unis. N’étant pas un pays gazier, il importe l’essentiel de son énergie, et donc voter pour un texte qui engage juridiquement la sortie des fossiles ne menace aucune recette nationale. Rabat a par ailleurs engagé depuis dix ans une transition énergétique adossée à des projets solaires et éoliens de grande échelle. Ce vote renforce sa lisibilité auprès des bailleurs européens et des institutions financières multilatérales.

Ce que le texte avait déjà perdu en route

L’idée d’un «registre international des dommages», élément central du projet originel, a disparu lors des négociations. Des pays producteurs comme l’Arabie saoudite et le Koweït ont multiplié les interventions de procédure pour retarder le vote. Le texte final est allégé. Les avis consultatifs de la CIJ ne sont pas contraignants, mais ils revêtent une autorité juridique et morale qui contribue à clarifier les obligations des États en droit international. Un rapport du secrétaire général de l’ONU est attendu en 2027 sur le respect de ces obligations. Cette échéance suffira à remettre le débat sur la table.

Alger dans la rente

Depuis la fermeture du détroit d’Ormuz en mars 2026, les recettes de Sonatrach ont atteint des niveaux records, portées par un Brent maintenu en moyenne à 106 dollars le baril sur mai. Les hydrocarbures représentent 92 % des exportations algériennes et 43 % des recettes de l’État, selon les dernières données publiées par sur la stratégie gazière d’Arkab. Voter pour un texte juridiquement engageant sur la sortie des fossiles, dans ce contexte précis, aurait adressé un signal difficile à tenir domestiquement.

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