Ruptures de réactifs biologiques : quand le mille-feuille administratif bloque l’hôpital

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Le syndicat SALAM lance une alerte de rupture des actifis biologique dans la laboratoires d'analyses médicales

Depuis plusieurs mois, des laboratoires d’analyses médicales signalent des ruptures répétées de réactifs de biologie médicale dans plusieurs wilayas algériennes. Le Syndicat Algérien des Laboratoires d’Analyses Médicales (SALAM) a officialisé l’alerte dans un communiqué publié mercredi 13 mai sur ses réseaux sociaux, réclamant une intervention urgente des pouvoirs publics.

Ce qui distingue cette crise des pénuries habituelles, c’est sa nature. Il ne s’agit pas de réactifs courants. Les ruptures touchent, selon le syndicat, des paramètres biologiques d’urgence : la troponine et les D-dimères — deux marqueurs indispensables au diagnostic rapide des infarctus du myocarde et des embolies pulmonaires. Quand un laboratoire ne peut plus doser la troponine, c’est le diagnostic de l’infarctus qui est en jeu. Dans ce cas, ce n’est plus une question logistique. C’est une question de vie.

Plusieurs marques et systèmes analytiques sont concernés, alerte SALAM. La situation ne vient pas d’un fournisseur unique ni d’un incident isolé d’acheminement. Elle pointe une défaillance structurelle dans la chaîne d’approvisionnement.

Deux ministères, deux programmes : la source du blocage

Le communiqué du syndicat ne le mentionne pas dans son alerte. mais selon plusieurs sources que nous avons contactées, pointe du doigt une bureaucratie qui dure depuis longtemps et “instabilité réglementaire étouffante”. D’ailleurs, la mécanique du problème s’éclaire à la lecture des textes réglementaires en vigueur depuis début 2026. Deux dispositifs d’importation coexistent, pilotés par deux ministères distincts, et leurs logiques ne se recoupent pas toujours.

Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a publié début 2026 un avis officiel imposant à tous les opérateurs économiques le dépôt d’un programme prévisionnel d’importation (PPI) pour le premier semestre 2026, avec une date limite fixée au 26 février 2026. Ce dispositif, de portée générale, concerne l’ensemble des importations — matières premières, consommables, équipements — sans distinction sectorielle. Tout retard dans le dépôt peut entraîner un blocage des opérations d’importation et des sanctions administratives.

Mais le secteur pharmaceutique, lui, obéit à un autre régime. La note n°111/D.P.E.A.P.R/MIPH/2026 du ministère de l’Industrie pharmaceutique, publiée à la même période, instaure un dispositif autonome, sectoriel et techniquement encadré, applicable exclusivement aux établissements pharmaceutiques. Ce programme vise spécifiquement l’importation de matières premières et de dispositifs médicaux, avec un dépôt effectué exclusivement sur la plateforme numérique ROAYA.

La date limite est identique — le 26 février 2026 — mais les conséquences du non-dépôt ne sont pas les mêmes : pour les établissements pharmaceutiques, cela peut entraîner le blocage du traitement des demandes d’importation, des perturbations dans l’approvisionnement en matières premières, et un impact direct sur la disponibilité des médicaments et dispositifs médicaux.

Le problème est là. La coexistence de ces deux dispositifs illustre une évolution du droit économique algérien vers une gestion sectorielle par ministère de tutelle, ce qui, en théorie, permet une régulation plus fine. En pratique, pour un importateur ou un distributeur de réactifs biologiques qui se trouve à l’intersection des deux cadres, la situation peut rapidement devenir un parcours administratif kafkaïen : déposer deux programmes sur deux plateformes distinctes, respecter deux logiques réglementaires différentes, et subir les conséquences du blocage si l’un des deux dossiers accuse du retard.

Un secteur structurellement vulnérable

Le marché des réactifs de biologie médicale en Algérie repose presque exclusivement sur l’importation. Les grands fournisseurs — Roche Diagnostics, Siemens Healthineers, Abbott, Bio-Rad — lient leurs automates à des réactifs propriétaires non interchangeables. Un laboratoire équipé en systèmes Roche ne peut pas basculer du jour au lendemain sur des réactifs d’un autre fabricant. L’approvisionnement est donc structurellement rigide : quand la chaîne se grippe, il n’y a pas de plan B immédiat.

Dans ce contexte, un retard administratif de quelques semaines sur un programme d’importation se traduit directement par des étagères vides. “Les stocks tampons ont des limites”, assure un gérant d’un laboratoire d’analyse à Alger. Et quand ils sont épuisés dans plusieurs wilayas simultanément, l’alerte du SALAM ne relève plus de la revendication corporatiste — elle documente une rupture dans la capacité de diagnostic du système de santé public.

Une coordination interministérielle qui reste à construire

Le SALAM demande une évaluation rapide de l’ampleur des ruptures, l’identification de leurs causes et des solutions immédiates. Le syndicat se dit prêt à participer à des réunions de travail. Mais elle suppose que les deux ministères concernés — Commerce extérieur et Industrie pharmaceutique — acceptent de coordonner leurs dispositifs, ou a minima, de clarifier leur articulation pour les opérateurs du secteur.

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