Commerce extérieur : un décret pour réguler… ou surveiller ?

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Kamel Rezig, ministre du commerce exterieur et de la promotion des exportations

Le décret exécutif n° 26-199 du 16 mai 2026, qui vient élargir les prérogatives du ministre du commerce extérieur et de la promotion des exportations, M. Kamel Rezzig s’apparente à un glissement manifeste d’une politique de promotion vers une politique de surveillance stricte. Mais, concrètement, ce changement de cap institutionnel impose-t-il désormais plus de transparence pour éviter le blocage de l’économie ?

De la stratégie à la mission de contrôle

Le nouveau décret n’efface pas le texte fondateur qui est le décret de mars 2025 (décret 25-97). Ce dernier structurait le rôle du ministère autour d’une vocation diplomatique et stratégique, illustrée par deux articles phares : l’article 4, consacré à l’encadrement des échanges, qui positionnait le ministre comme un négociateur. Il lui est ainsi dévolu de « préparer les négociations des accords commerciaux internationaux » et d’« encourager et de faciliter la mise en place des conseils d’hommes d’affaires algériens avec leurs homologues étrangers ».

Tandis que l’article 5, dédié à la promotion des exportations, faisait de la tutelle un accompagnateur de l’économie réelle. Ses missions consistaient notamment à « améliorer la compétitivité de la production nationale » et à « mettre en place un système de veille et d’intelligence commerciale ». Dans cet ancien cadre, le ministre était donc perçu comme un stratège de la compétitivité algérienne.

Le virage du nouvel article 6 bis

L’article 6 bis introduit par le nouveau décret modifie radicalement cette approche en insérant un volet exclusivement dédié au « contrôle du commerce extérieur ». Il installe le ministre sur le terrain de la surveillance physique et douanière, en lui octroyant le pouvoir direct de : « suivre les opérations d’importation et d’exportation des biens au niveau des postes frontaliers terrestres, aériens, portuaires ainsi qu’au niveau des zones et des entrepôts sous douane et les zones franches » ; le suivi de « la mise en œuvre des licences d’importation automatiques » et la prise des « mesures nécessaires pour imposer le respect de l’encadrement des opérations du commerce extérieur ».

M. Kamel Rezig aura aussi pour mission de contribuer à la proposition « d’indicateurs de risques liés à la surfacturation ou à la sous-facturation » dans les échanges internationaux, ainsi que la lutte contre les pratiques commerciales internationales déloyales, notamment le dumping, la subvention et l’accroissement des importations qui menacent la production nationale.

La régulation au lieu du blocage

L’insertion de cet article 6 bis soulève cependant une préoccupation majeure : l’arsenal de surveillance aux frontières et de traque de la fraude financière (surfacturation/sous-facturation) ne risque-t-il pas de paralyser les opérateurs ?

Pour l’expert économique, Belkacem Boukhrouf, contacté par Maghreb Emergent, «le commerce extérieur a besoin de régulation, pas de contrôle ». L’accumulation de contrôles bureaucratiques directs, si elle est appliquée de manière coercitive et généralisée, risque de devenir un frein mortel pour la fluidité des affaires. Cependant, Boukhrouf estime que « ce décret sera positif s’il est appliqué dans le sens de la régulation ».

Quel doit donc être le nouveau paradigme de lecture pour le ministre afin de « lever tous les verrous qui bloquent actuellement le commerce extérieur » ? s’interroge notre expert. Le ministre doit changer de logiciel : l’article 6 bis ne doit pas être lu comme un mandat de flicage, mais comme un instrument d’intelligence économique.

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