En Algérie, pas de 1er Mai pour les travailleurs subsahariens (vidéo)

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Une vidéo prise dans un quartier montre des travailleurs à l’ouvrage sur un chantier de promotion immobilière à Souidania, à l’ouest d’Alger. L’un d’eux semble vaciller en milieu d’après-midi, après avoir débuté sa journée à huit heures du matin. Tout pourrait paraître presque « normal » si nous n’étions pas un vendredi et, anomalie majeure, un vendredi 1er Mai, journée internationale du travail, censée être chômée et payée.

Il existe pourtant une explication à ce tableau bruyant d’une journée ordinaire. À bien observer la vidéo, il s’agit de travailleurs subsahariens, employés massivement sur ce chantier et sur d’autres aux alentours. Leur apport à l’économie algérienne est indiscutable. Leur protection sociale, en revanche, demeure un angle mort qui suscite peu d’intérêt de la part des syndicats et des associations. Des promoteurs immobiliers et des entreprises de réalisation en tirent profit.

Le béton sourd à la loi

Pourtant, le cadre législatif algérien est sans ambiguïté. La loi n° 63-278, complétée par la loi 90-11 relative aux relations de travail, consacre le 1er Mai comme une fête légale, chômée et payée. Si certains secteurs vitaux, comme la santé, la sécurité ou les industries à feu continu, bénéficient de dérogations afin d’assurer la continuité du service, le bâtiment n’en fait absolument pas partie.

Sur un chantier de promotion immobilière privée, rien ne justifie techniquement que l’on ignore le repos hebdomadaire ou les jours fériés. En imposant le travail un jour de fête nationale, ces employeurs s’affranchissent des règles élémentaires du Code du travail. Le silence habituel des chantiers en ce jour de célébration ouvrière est ici remplacé par le martèlement des coffrages, transformant un droit acquis en simple option pour les patrons de la bétonnière.

Sortir de l’ombre de l’informel

Cette entorse à la loi révèle une fracture plus profonde : celle de l’égalité de traitement. En Algérie, le droit social ne connaît pas de frontières ; tout travailleur, quelle que soit sa nationalité, doit bénéficier des mêmes protections dès lors qu’il exerce sur le sol national.

Cependant, la réalité de la main-d’œuvre subsaharienne reste majoritairement piégée dans les filets de l’informel. Devenus des piliers indispensables du bâtiment, de l’agriculture et de certains services urbains, ces hommes travaillent souvent sans contrat, sans déclaration à la CNAS et, par conséquent, sans droit au repos.

L’enjeu éthique et économique aujourd’hui n’est pas de pointer du doigt leur présence, mais de régulariser leur situation. Intégrer pleinement ces travailleurs dans le circuit légal permettrait de mettre fin à cette concurrence déloyale par le bas et de leur rendre leur dignité. Dans l’informel, la fête du 1er Mai risque de devenir, année après année, un jour comme les autres pour une majorité de travailleurs, et pas seulement pour les subsahariens.

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