Incendies en Algérie : la solidarité… fait feu de tout bois

Avant même les convois institutionnels, ce sont les citoyens qui organisent l'acheminement de dons vers Jijel, Béjaïa et Annaba, les wilayas les plus touchées par les incendies.

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Volontaires, véhicules et effets personnels mobilisés pour venir en aide aux sinistrés des incendies. (Photo Facebook-Montage Maghreb Emergent)

Depuis mercredi soir, avant même les communiqués, ce sont les citoyens qui bougent les premiers. Des jeunes bénévoles, dans la remorque d’un poids lourd, chargent matelas après matelas une cargaison de literie neuve encore sous film plastique, destinée aux familles qui ont tout perdu dans l’incendie. Ailleurs, des voitures particulières se rangent en file, coffres ouverts, pour recevoir bidons d’eau, vêtements et denrées avant de prendre la route de Jijel, la wilaya la plus touchée par les incendies.

Ce mouvement se passe, pour l’essentiel, des relais associatifs. « En l’absence d’associations de la société civile, la rue se mobilise avec une entière spontanéité pour collecter des dons susceptibles d’alléger les souffrances des sinistrés des incendies, avant de les acheminer par camions vers les zones touchées », relatent des citoyens mobilisés sur les réseaux sociaux. « L’initiative manque certes d’organisation, mais elle procède de la solidarité des Algériens entre eux dans l’épreuve. » L’un de ces points de collecte, parmi d’autres disséminés dans la capitale, se trouve devant l’Opéra d’Alger. « Nous avons besoin de nous montrer solidaires, chacun selon ses moyens », résume l’un de ces messages.

Le trajet vers les zones sinistrées se fait sans attendre l’extinction complète des feux. Jeudi soir, la Protection civile recensait encore 67 foyers actifs dans seize wilayas, dont dix-sept dans la seule Jijel, un mois seulement après un premier épisode qui avait déjà coûté la vie à deux personnes à Béjaïa et Sétif à la mi-juillet. C’est à Jijel et à Béjaïa que se concentre l’essentiel de cet élan citoyen. Tizi-Ouzou, moins durement frappée cette fois, pèse moins dans le mouvement de dons qui se dessine depuis mercredi.

Mais derrière les convois qui avancent vers Jijel et Béjaïa, il y a les communes qu’ils n’ont pas encore atteintes. Notre collègue Lynda Abbou, elle-même sinistrée, vit cet isolement depuis Melbou, dans la wilaya de Béjaïa. « C’est la deuxième nuit sans électricité et sans eau. On souffre sérieusement, surtout ma belle-mère âgée et ma petite fille, elle ne supporte plus la chaleur », témoigne-t-elle, réclamant que le problème de coupure soit signalé. « On ne sait pas de quelle panne il s’agit ni quand est-ce que ça va se régler », ajoute-t-elle. À Melbou, Draguina et Laalam, ni eau, ni courant électrique, ni réseau mobile. « On est isolés et en détresse. »

La canicule ne laisse aucun répit à cet isolement. « On n’arrive pas à faire face à la canicule sans eau au robinet, sans climatisation, et sans eau potable fraîche », poursuit-elle. La majorité des commerces reste fermée, et ceux qui ouvrent n’ont pas de quoi rafraîchir l’eau, faute de courant. « On est obligés de se déplacer loin, plusieurs fois, pour se doter de quelques bouteilles d’eau fraîche. »

Face à cet élan spontané, les structures organisées ont pris le relais. Une flotte de camionnettes frappées du sigle du Conseil du renouveau économique algérien (CREA) a quitté un dépôt avant l’aube, cap sur Jijel, pour donner à ces gestes individuels une échelle plus large. Le CREA, qui coordonne plusieurs de ces convois avec ses bureaux régionaux et les autorités locales, a fait savoir que son action se poursuivrait vers les zones les plus affectées. « Le conseil poursuivra l’envoi de caravanes d’aide vers les wilayas touchées », précise son communiqué, adressé jeudi aux familles endeuillées et à l’ensemble des blessés des incendies.

Le bilan communiqué mercredi soir par le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a fixé le cadre officiel de cette mobilisation : douze morts, dont cinq à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi-Ouzou, et cinquante-quatre blessés hospitalisés pour des brûlures, dont six dans un état grave. C’est ce bilan, concentré pour l’essentiel sur les deux wilayas les plus touchées, qui a justifié, jeudi, le décret présidentiel instaurant trois jours de deuil national.

Ce chiffre reste, à ce stade, le seul officiellement communiqué. Sur le terrain, plusieurs communes de la wilaya de Jijel, dont Béni Habibi, ont pourtant publié depuis jeudi des avis invitant les familles de victimes à se présenter dans les hôpitaux de Jijel et d’El Milia pour la reconnaissance des corps, des listes qui totalisent plusieurs dizaines de noms selon des relais locaux comme la page Nass Jijel, sans qu’aucune source officielle n’ait pour l’instant confirmé de bilan actualisé pour la seule wilaya.

Les institutions publiques ont, elles aussi, emboîté le pas, en priorité vers les deux wilayas sinistrées. Le groupe pharmaceutique public Saidal a annoncé la donation d’un lot de médicaments à la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), sur instruction du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Wassim Kouidri. Du côté des opérateurs économiques, l’embouteilleur Ifri a mis des semi-remorques d’eau minérale sur la route de Béjaïa, acheminées par le transporteur Bejaia Logistique. Une eau qui, pour l’heure, n’a pas encore trouvé le chemin de Melbou, Draguina et Laalam.

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