L’examen par le Venezuela d’un retrait de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, quelques mois à peine après celui des Émirats arabes unis, confirme que le cartel peine désormais à retenir jusqu’à ses propres membres fondateurs face à la recomposition des rapports de force imposée par Washington dans le secteur pétrolier.
Depuis la levée progressive des sanctions américaines sur le brut vénézuélien, la cohésion de l’OPEP est mise à l’épreuve par une série de départs et de menaces de départ qui fragilisent sa capacité à peser sur les prix mondiaux. Le cartel, conçu pour coordonner l’offre de ses membres, voit certains d’entre eux juger les quotas incompatibles avec leurs propres stratégies de production et préférer reprendre la main sur leurs ressources plutôt que de rester liés à une discipline collective de plus en plus contestée.
Washington vise la construction d’une puissance pétrolière rivale
Selon des responsables américains cités par Bloomberg, une alliance énergétique plus étroite entre Washington et Caracas permettrait de bâtir une « puissance pétrolière » capable d’affaiblir durablement l’emprise de l’OPEP sur les cours mondiaux. L’agence précise également que la sortie de l’organisation libérerait le Venezuela de tout quota futur, lui permettant à terme de maximiser sa production, une perspective jugée avantageuse par plusieurs des sources consultées à Washington.
Bloomberg rappelle par ailleurs que l’influence du cartel s’est déjà érodée ces dernières années sous la pression des producteurs de schiste américains et de nouveaux gisements situés hors de son périmètre, au Guyana comme au Brésil. Le départ des Émirats arabes unis fin avril, après près de soixante ans d’adhésion, avait déjà fait vaciller l’équilibre interne de l’organisation sur la répartition des quotas de production, poussant l’APPO à appeler ses membres africains à la cohésion.
Certes, l’OPEP et son alliance élargie OPEP+, formée en 2016 autour de la Russie, ont par le passé démontré leur capacité à orchestrer des baisses de production concertées qui ont contribué à stabiliser les cours pendant la pandémie de Covid-19. Néanmoins, cette coordination ponctuelle ne suffit plus à masquer l’accumulation des signaux de délitement : deux départs, effectif ou envisagé, en l’espace de quatre mois, concernant deux pays parmi les plus anciens ou les plus influents du cartel.
Le Venezuela, selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg jeudi, examine de près des projets de sortie de l’OPEP, l’organisation qu’il a contribué à fonder il y a plus de six décennies. L’idée d’un retrait a été évoquée à plusieurs reprises lors de discussions avec des responsables américains, sans qu’aucune décision définitive n’ait été prise à ce stade. Sollicité, un porte-parole de la Maison Blanche n’a pas réagi dans l’immédiat, et le ministère vénézuélien de l’Information n’a pas répondu aux demandes de commentaire formulées jeudi. La perspective s’inscrit dans le prolongement direct de la reprise en main du pétrole vénézuélien par Washington depuis l’éviction de Nicolas Maduro.
Une production divisée par deux en dix ans
Le poids réel de Caracas au sein du cartel s’est amenuisé au fil des sanctions et de la crise économique interne. Selon un sondage Bloomberg portant sur le mois de juillet 2026, la production pétrolière vénézuélienne s’est établie à 1,16 million de barils par jour, soit moins de la moitié du volume extrait il y a une décennie. Le pays échappe déjà, du fait de cet effondrement, à tout quota imposé par l’organisation, ce qui limite l’impact immédiat d’une sortie sur l’offre mondiale. Washington et Caracas négocient en parallèle l’acquisition par des compagnies américaines de participations ou de baux pouvant courir sur cent ans dans une douzaine des principaux champs pétroliers vénézuéliens, un mouvement déjà analysé comme le retour d’un « impérialisme pétrolier » décomplexé.
Une sortie de l’OPEP ouvrirait la voie à une présence accrue des compagnies pétrolières internationales dans la reconstruction du secteur vénézuélien, ajoutant à l’excédent mondial de brut anticipé pour les prochaines années par l’Agence internationale de l’énergie et d’autres prévisionnistes du marché.


