Espagne : Trois débarquements à Carthagène en une semaine font reparler de la “route algérienne”

Près de 180 migrants sont arrivés en trois débarquements successifs sur le littoral de Carthagène en une semaine. L’utilisation de vedettes rapides en provenance des côtes algériennes relance les critiques sur les moyens de surveillance maritime et ravive le bras de fer entre la Région de Murcie et le gouvernement central espagnol.

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وصول مهاجرين غير نظاميين إلى قرطاجنة؛ تكرر المشهد ثلاث مرات في أسبوع واحد (dr)

La côte de Carthagène en Espagne connaît depuis une semaine une nouvelle séquence de pression migratoire. Trois embarcations rapides ont atteint successivement le littoral les 19, 22 et 26 août, débarquant au total 178 personnes selon un bilan provisoire : 62 à Cala del Barco, 49 à Cala Dentoles et 67 lors du troisième épisode, également à Cala Dentoles. Le dernier bilan n’a toutefois pas encore été consolidé officiellement par la Délégation du gouvernement.

Les réseaux se sont professionnalisés

Le mode opératoire attire particulièrement l’attention. Les migrants sont transportés à bord de puissantes lanchas motorisées, capables d’atteindre rapidement des criques difficiles d’accès avant de repartir immédiatement vers le large. Le premier débarquement, le 19 août à Cala del Barco, s’est déroulé en plein jour devant des baigneurs : 62 personnes, dont 15 mineurs, ont été déposées sur la plage par une embarcation qui a aussitôt repris la mer.

Quatre jours plus tard, une nouvelle embarcation a atteint Cala Dentoles, dans le parc régional de Calblanque. Cette fois, le SIVE, le système intégré de surveillance extérieure de la Guardia Civil, avait bien détecté la lancha et suivi sa trajectoire jusqu’au littoral. Les forces de sécurité ont ensuite localisé ses 49 occupants, parmi lesquels neuf mineurs.

Le problème se situe donc moins dans une incapacité à détecter les embarcations que dans la capacité à les intercepter. C’est précisément le point soulevé par l’Association unifiée des gardes civils (AUGC). Selon son secrétaire général en Murcie, Juan García Montalbán, l’unique vedette rapide dont dispose la Guardia Civil dans la région est actuellement en réparation. Une embarcation envoyée depuis Barcelone pour la remplacer ne disposerait pas d’une vitesse suffisante pour intercepter les puissantes vedettes utilisées par les réseaux.

L’AUGC affirme également que les réseaux se sont professionnalisés et utilisent désormais des embarcations rapides capables de transporter les migrants depuis les côtes algériennes pour ensuite regagner leur point de départ. L’association estime que le Service maritime de la Guardia Civil en Murcie compte à peine plus de 30 agents opérationnels et réclame un renforcement des moyens humains et matériels.

Cette situation alimente la confrontation politique. Le président de la Région de Murcie, Fernando López Miras, a demandé au gouvernement de Pedro Sánchez un renforcement urgent des moyens consacrés à la surveillance du littoral, notamment davantage de personnel et de patrouilleurs opérationnels. Après le troisième débarquement, il a convoqué une réunion extraordinaire du Conseil de gouvernement régional à Carthagène.

La multiplication de ces arrivées donne également une visibilité nouvelle à ce que les médias espagnols désignent désormais comme la « route algérienne ».

Alger a un bilan à défendre

Du côté algérien, les autorités affirment avoir considérablement renforcé le contrôle des départs clandestins et la lutte contre les réseaux de passeurs. Le ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud indiquait en octobre 2025 que plus de 100 000 tentatives de traversée avaient été empêchées depuis 2024, tandis que plus de 82 000 migrants irréguliers avaient été reconduits vers leurs pays d’origine. Alger met également en avant la coopération avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), notamment pour les retours volontaires.

Ces chiffres, qui relèvent du bilan communiqué par les autorités algériennes, n’empêchent toutefois pas la persistance de la route maritime vers l’Espagne. Selon des estimations des forces de sécurité espagnoles rapportées par El Confidencial, environ 14 000 personnes auraient quitté les côtes algériennes en 2025, dont près de 9 500 Algériens et quelque 1 700 Somaliens.

Le phénomène illustre ainsi une situation paradoxale : malgré les mesures de contrôle mises en avant par Alger, la route maritime demeure active et les réseaux de passeurs disposent de moyens de plus en plus sophistiqués.

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