Minerais critiques : le continent africain enrichit ses milliardaires plus vite que ses États

Le cabinet Altrata relève la plus forte progression mondiale de la population ultra-fortunée en Afrique, pointant parmi ses moteurs les capitaux drainés par la demande de minerais critiques.

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Foreuses de sondage sur un site d'extraction de cuivre en Zambie. Le pays a vu la mine de Mopani reprise en 2024 par un groupe émirati pour 1,1 milliard de dollars. (DR)

Dans son rapport annuel publié le 23 juin 2026, le cabinet américain Altrata, spécialisé dans l’étude des grandes fortunes, dénombre 3 440 Africains possédant plus de 30 millions de dollars, une hausse de 23,7 % en un an, la plus forte au monde devant l’Asie (15,8 %), l’Amérique du Nord (15 %) et l’Europe (14,5 %), leur fortune totale atteignant 400 milliards de dollars après une progression de 22,4 %.

Le cabinet avance quatre explications, dont trois tiennent à la finance mondiale, à savoir le crédit devenu moins cher, plusieurs monnaies africaines qui se sont raffermies face au dollar et l’essor des activités numériques. La quatrième renvoie aux capitaux venus s’investir dans les minerais dont le monde a besoin pour ses batteries, ses voitures électriques et ses éoliennes.

Le phénomène se retrouve au sommet, Forbes ayant compté au 9 mars 2026 vingt-trois milliardaires vivant sur le continent ou y menant l’essentiel de leurs affaires, contre vingt-deux un an plus tôt, pour 126,7 milliards de dollars de fortune cumulée et une hausse de 21 %, dont sept Sud-Africains, six Égyptiens, quatre Nigérians et trois Marocains. Altrata nuance pourtant son propre constat, ces 3 440 personnes ne représentant que 0,6 % des grandes fortunes de la planète et 0,7 % des 63 800 milliards de dollars qu’elles détiennent ensemble.

Le raffinage, maillon manquant de la chaîne africaine

Un cinquième de l’argent investi dans le monde pour extraire ces minerais va désormais à l’Afrique, contre 14 % il y a dix ans, alors que son sous-sol abrite près de 30 % des réserves connues de cuivre, de cobalt, de lithium et de terres rares. C’est autour de ce potentiel que Bruxelles a lancé en mars 2026 son programme PanAfGeo+ Invest, engagé d’abord en République démocratique du Congo, en Namibie et en Afrique du Sud.

Le continent ne transforme presque rien de ce qu’il sort de terre, moins de 5 % des volumes extraits étant raffinés sur place. L’Agence internationale de l’énergie évalue à 50 milliards de dollars la valeur de l’extraction africaine, contre 16 milliards pour le raffinage, et n’attend pas plus de 50 milliards d’investissements dans les mines d’ici 2040. Cette absence d’usines de transformation relègue les pays exportateurs de minerais bruts au bas des classements de compétitivité industrielle.

L’argent circule donc, mais les caisses publiques n’en voient qu’une part réduite. À Kinshasa, qui fournit plus de 70 % du cobalt mondial, l’État a encaissé 7 944,4 milliards de francs congolais de recettes minières en 2025, soit environ 2,7 milliards de dollars, quand son budget en espérait 5 milliards et attendait du secteur près du tiers de ses ressources.

Deux mines du groupe chinois CMOC, Tenke Fungurume et Kisanfu, ont à elles seules exporté 747 468 tonnes de cuivre la même année, près de 22 % du total congolais. Les investisseurs du Golfe ont pour leur part engagé 2,2 milliards de dollars sur des projets miniers africains au premier semestre 2025, dont 1,1 milliard pour reprendre la mine zambienne de Mopani.

La forme même de ces fortunes achève d’expliquer leur faible rendement fiscal, Altrata situant 63 % du patrimoine d’un très grand fortuné dans des parts d’entreprises, et relevant que 17 % d’entre eux contrôlent une société installée hors de leur pays de résidence.

Les fragilités et les échéances retenues par le cabinet

Trois faiblesses traversent les prévisions établies pour 2025-2030. La base de départ reste minuscule, la part africaine des grandes fortunes mondiales devant demeurer sous 1 % à la fin de la décennie. Les moteurs financiers échappent au continent, le coût du crédit et la valeur des monnaies dépendant de décisions prises ailleurs. La demande de matières premières, enfin, constitue un appui que le cabinet juge instable, comme le montre le Moyen-Orient, où le nombre de très grandes fortunes n’a progressé que de 4,4 % en 2025 et leur patrimoine de 1,9 %, à 3 000 milliards de dollars, un tassement attribué à la dépendance au pétrole.

La région se voit ainsi promettre une croissance annuelle moyenne de 3,9 % jusqu’en 2030, la plus faible du classement, contre 8,4 % pour l’Afrique. L’écart prolonge les mises en garde adressées par la Banque des règlements internationaux aux pays exportateurs de pétrole, au moment où l’Agence internationale de l’énergie annonce un surplus de pétrole pour 2027 après la réouverture du détroit d’Ormuz.

Parmi les leviers retenus pour porter le contingent africain à 5 200 très grandes fortunes en 2030, le cabinet cite les infrastructures, la demande soutenue de matières premières et l’élargissement des marchés de consommation, sans reprendre la mention des minerais critiques. Les grandes fortunes de la planète devraient alors compter 746 570 personnes pour 85 000 milliards de dollars, Altrata annonçant sa prochaine édition pour juin 2027.

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