L’Algérie n’est pas venue à Shanghai en tant que simple signataire. L’allocution portée par la ministre Haut-commissaire à la numérisation lors de la cérémonie du 16 juillet, qui a vu vingt-neuf pays fonder la nouvelle organisation, qualifie sa naissance d’« étape historique vers l’instauration d’une gouvernance internationale plus inclusive et plus équilibrée » et salue le « partenariat stratégique » qui lie Alger et Pékin.
Le mot qui structure l’ensemble est celui de souveraineté. Il revient à trois reprises, appliqué aux États, aux technologies, qui doivent « respecter la souveraineté nationale » et protéger les données, et aux infrastructures, centres de données et cloud « souverains » en tête. Une constante de la politique numérique algérienne, jusqu’au déploiement de la 5G, dont le cahier des charges réserve les infrastructures passives aux capitaux nationaux. L’écho avec le discours que tiendra Xi Jinping le lendemain, contre toute « sécurité d’un État » placée « au-dessus de celle des autres », n’a rien d’une coïncidence.
Un engagement de « partenaire actif » et une ambition de hub
L’information la plus ferme tient en une phrase. L’Algérie promet d’être « un partenaire actif au sein de cette organisation », en contribuant aux politiques et aux normes, au renforcement des capacités et à la coopération entre pays du Sud, un engagement qui compte dans une institution où organes et budget restent à bâtir et où les places se joueront tôt.
Vient ensuite la revendication la plus neuve. Forte de sa position de « porte africaine euro-méditerranéenne », l’Algérie entend s’affirmer comme « un pôle de l’intelligence artificielle dans la région ». Jamais formulée aussi nettement dans une enceinte internationale, l’ambition s’adosse aux classements qui placent le pays en tête du Maghreb et au neuvième rang africain en matière d’adoption, et prolonge la ligne défendue début juin à Genève en faveur d’une gouvernance internationale équitable.
L’inventaire des chantiers comme titre de crédibilité
Pour étayer sa candidature au premier cercle, l’allocution aligne les chantiers engagés sous l’autorité du président Abdelmadjid Tebboune. La stratégie « Algérie numérique 2030 », la gouvernance des données instituée par décret présidentiel, la stratégie nationale de cybersécurité, les centres de données souverains, dont le site de Mohammadia certifié Tier III en début d’année, la fibre optique « vers la profondeur africaine », la 5G naissante, l’École nationale supérieure de l’intelligence artificielle, la loi sur les données personnelles et un futur texte consacrant l’ouverture des données. La ministre y ajoute les atouts énergétiques et miniers du pays.
L’inventaire relève de l’auto-présentation et gomme les faiblesses connues, recherche sous-financée, adoption par les entreprises en retard sur les discours, pénurie d’adresses IP qui bride la qualité de service. Il fixe néanmoins la grille sur laquelle Alger accepte d’être jugée. Rendez-vous aux premières réunions de l’organisation, où se mesurera la distance entre le rang revendiqué et les moyens engagés.


