L’institution de Bretton Woods anticipe un choc durable sur le marché mondial des fertilisants, déjà étranglé par la fermeture du détroit d’Ormuz. L’urée, dont le prix a bondi de 53,7 % en un mois, tire l’ensemble du marché vers le haut et menace les rendements agricoles à venir.
Le verdict est tombé mardi 28 avril. Dans la dernière édition de son rapport Commodity Markets Outlook, la Banque mondiale prévoit une hausse de plus de 30 % des prix mondiaux des engrais en 2026, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient. Une projection qui place le marché des fertilisants au troisième rang des secteurs les plus exposés aux perturbations du transport maritime, derrière le pétrole et le gaz.
Depuis le début des hostilités il y a deux mois, le marché mondial des engrais subit la déstabilisation des flux qui transitent par le détroit d’Ormuz. Près d’un tiers du commerce maritime global de fertilisants emprunte ce corridor, soit environ 16 millions de tonnes par an. La fermeture, dont les routes alternatives ne couvrent qu’un tiers des flux habituels, a rapidement contaminé les indices de prix.
Selon les chiffres de mars, la tonne d’urée s’est échangée à 725,6 dollars, en hausse de 53,7 % par rapport à février, son plus haut niveau en quatre ans. Le phosphate diammonique (DAP), engrais phosphaté le plus utilisé au monde, a progressé de 5 % à 658,3 dollars la tonne. Le chlorure de potassium (MOP) est passé de 372,5 à 380,6 dollars la tonne sur le même mois. Au total, l’indice des prix des engrais a grimpé de plus de 12 % entre le quatrième trimestre 2025 et le premier semestre 2026.
« Les engrais n’auront jamais été aussi peu abordables depuis 2022, érodant les revenus des agriculteurs et menaçant les rendements agricoles à venir », prévient la Banque mondiale.
L’urée, locomotive de la hausse
La trajectoire des prochains mois inquiète. La Banque mondiale anticipe une clôture de l’année à 675 dollars la tonne pour l’urée, soit près de 60 % de plus qu’en 2025. Un repli de 25 % est attendu en 2027, mais à condition d’une accalmie sur le marché du gaz naturel, variable cruciale puisque le gaz représente 80 à 90 % du coût de fabrication de l’ammoniac, principal intrant de l’urée.
L’institution énumère plusieurs risques haussiers. Une prolongation des contraintes sur le transport maritime au Moyen-Orient ou une reprise des hostilités pourraient aggraver les pénuries. Les craintes sur la disponibilité domestique d’engrais pourraient pousser les grands exportateurs à instaurer des restrictions à l’exportation. Si ces facteurs se cumulent, le prix moyen de l’urée en 2026 pourrait dépasser les 700 dollars la tonne enregistrés en 2022, son deuxième plus haut niveau réel depuis 1974.
Pour les autres engrais, les hausses seront plus modérées. Le DAP devrait progresser de 6 % en 2026 par rapport à 2024, avant un repli de 10 % en 2027 avec l’arrivée de nouvelles capacités de production. Le MOP, dont les chaînes d’approvisionnement dépendent peu du Moyen-Orient, est attendu en hausse de 12 % en 2026, avant une décrue de 6 % en 2027. La mise en service de capacités au Canada, premier producteur mondial de potasse, devrait peser à la baisse.
Le Maghreb, dont les agricultures dépendent à des degrés divers des importations d’engrais et de soufre, figure parmi les régions exposées à cette double tension. La campagne de printemps s’annonce coûteuse, et la suivante incertaine.


